La bande son de notre vie

On les croyait éternels. On achetait leurs disques, on collait leur poster dans notre chambre d’ado,  on apprenait les paroles de leurs chansons par cœur, on dansait sur leurs musiques,  on pensait tout simplement qu’ils seraient là pour toujours. Et un matin … Le chaos, le vide, l’incompréhension !

Ma première désillusion, c’était en 1975. Comment bien te pourrir une journée en apprenant que Mike Brant, le beau Mike Brant, s’est suicidé ! J’étais anéantie. J’avais passé des heures, des semaines, des mois à l’écouter. C’était terrible. J’ai enlevé son poster. C’était fini.

Puis, en 1978, cette annonce effroyable . La disparition de Claude François. Les français pleuraient devant leur télé.

2016 est une année meurtrière : Delpech, Bowie, Prince, Cohen et le dernier, George Mickael. Notre cœur se serre à chaque fois.

On tisse un lien invisible avec ces voix qui accompagnent notre enfance et surtout notre adolescence.

Quand Michel Delpech est mort, j’ai revu ma mère, dans la cuisine, fredonnant  « Par dessus l’étang, soudain j’ai vu, passer les oies sauva-a-ges ».

Quand Frédéric François nous quittera, je penserai à cette cassette, dans la voiture de mon père, et ces refrains comme  « Viens te perdre dans mes bras » ou « Chicago » qui rimait avec Borsalino et Casino.

Quand ils disparaissent, ces chanteurs nous laissent orphelins et nostalgiques de ce passé révolu. Oui, c’est fini. Ma mère a vieilli, le transistor n’est plus dans la cuisine et Michel Delpech a tiré sa révérence. La vie est cruelle !

On prend les chansons en marche, le jour de notre naissance et ces mots, ces refrains, font partie de notre histoire. Certaines vedettes deviennent la bande son de notre vie. On les associe à des évènements particuliers.

Quand je suis née, on sortait de Brassens, Brel, Ferrat. La transition s’est faite avec des chanteurs en costume, impeccables, bien coiffés, pour plaire au plus grand nombre.  Les groupes de rock sont venus dépoussiérer tout ça. Ils ont secoué le cocotier. Ils avaient les cheveux longs, des silhouettes sèches, des yeux étranges. Ils jouaient la provoc,  criaient leur révolte plus qu’ils ne chantaient. Ils avaient l’art des paillettes et de la mise en scène. Ils sont entrés dans la légende, flamboyants.

A chaque disparition, ce sont des hommages à n’en plus finir, à s’en étourdir. On verse des larmes numériques sur les réseaux sociaux. Et il nous reste leur voix, avec ce sentiment qu’ils sont encore là, un peu.

A la mort d’un chanteur, les ventes d’albums explosent, preuve de l’attachement du public. Au cinéma, les biopics le font revivre. L’histoire de Claude François était particulièrement bien réussie. Belle performance de Jérémie Renier.

Ils deviennent parfois des personnages d’animation que l’on retrouve sur des applis ou dans des jeux vidéo.

Ce qui me gêne, c’est leur résurrection morbide. Dans les spots publicitaires, ils viennent faire ‘la retape’ pour des licences peu soucieuses de leur image. Fernandel nous a présenté une huile d’olive, Hitchcock une voiture et Gandhi un ordinateur.

Le  pire, c’est la photo du Che, que l’on retrouve sur à peu près tout ce qui se vend : tee-shirt, bouteille, valise ou housse de couette.  Le Che, anticapitaliste par excellence, s’il savait  !

Encore plus fort, Claude François revient sur terre.

hologramme Claude François

Ce n’est pas  exactement  lui, mais un peu quand même !

En janvier prochain, nous pourrons voir, dans une comédie musicale, Dalida, Claude François, Mike Brant et Sacha Distel.

Grâce aux hologrammes projetés sur scène, les chanteurs disparus reviendront, comme par magie. C’est nouveau, ça vient des Etats-Unis où Michael Jackson est apparu, plusieurs fois, dans des duos avec des chanteurs bien vivants.

Je trouve ces résurrections assez malsaines. On choisit son camp, vivant ou mort. Mais ces retours d’outre-tombe sont une aubaine pour les producteurs, héritiers et autres charognards.

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18 Commentaires

  1. faites des gosses ou pas

    Un chouette billet qui souligne à quel point les chansons accompagnent notre quotidien.
    Nous avons quelques références communes 🙂

    Et je partage ton point de vue concernant ces « résurrections » dont je n’achèterai ni les cd, ni les places de spectacles !
    Je préfère de loin proposer à mes minis d’écouter les « originaux »…elles en redemandent d’ailleurs !
    😉

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    • Jo

      Ces hologrammes, je trouve ça limite malsain.
      Notre petite fille découvre Claude François mais elle préfère écouter M Pokora, C’est son amoureux … du moment.
      L’année dernière, c’était Kendji, faut suivre !

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  2. Beatrice

    Du coup je recommence (mais c’est moins spontané , forcément )
    Je disais donc …
    Comme tu as raison!
    On les a tellement écouté et ré écoutés (et moi je continue allant même jusqu’à chanter à tue tête au volant… ). C’est toute notre adolescence et un peu aussi du début de notre vie d’adulte …
    D’ailleurs je passe pour une rétro lorsque mes filles – ou n’importe qui d’autre d’ailleurs – monte(nt) dans ma voiture et tombent sur radio Nostalgie (j’adooore)
    Et puis ce qui est triste c’est qu’on se rend compte -comme pour nos proches très âgés voire pour nous mêmes – que le cours des choses n’ira pas en s’améliorant.
    Voilà que je suis partie dans le mélo alors que je voulais juste te souhaiter une bonne année 2017 …Un peu râté mon truc …
    A propos, je ne recevais plus aucune notification de la parution de tes articles alors je me suis ré abonnée (tu as bien fait de venir me faire un petit bonjour ce matin sur Zenitude !) et je regarderai plus attentivement sur FB.
    Sur ce plein de bisous et on va essayer de tenir le coup pour que 2017 nous laisse de meilleurs souvenirs que 2016!
    A très vite !

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    • Jo

      Mais non, ce n’est pas un commentaire mélo. C’est la vie qui passe.
      Ce qui m’a fait rire, c’est le fait que ma petite fille écoute les chansons de Claude François, revisitées par M Pokora.
      Deux générations sont passées et Claude François est aux oubliettes pour cette petite fille de 6 ans.
      Par contre, pas besoin de faire un hologramme pour M Pokora, j’ai regardé les chansons. Il est un hologramme, bien formaté, lisse, parfait pour faire rêver les petites filles …
      Bises et partons pour 2017.

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  3. chiffonsandco

    Effectivement, avec eux disparaissent un peu de nos souvenirs et ça fait mal!

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    • Jo

      Cette année a été particulièrement cruelle. Heureusement, les Rolling Stones sont encore là.

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  4. Janachète

    Bravo Jo pour cet article.
    J’ai presque versé une larme .
    Et tu as entièrement raison je suis contre ces résurrections .je préfère garder leurs voix dans la tête et sur leurs vieux CD.
    Bonne fin d’année en espérant que 2017 soit meilleure ou pas pire !!!
    Bises

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    • Jo

      Soyons optimistes, 2017 sera une belle année. Faut y croire. Bon réveillon. Bises

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  5. christine thomas

    Très bel article et bien écrit comme à son habitude. Et je suis tout à fait d’accord avec la fin de l’article, le business is business, à nous de ne pas tomber dans cette morbide affaire de sous et d’illusions.

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    • Jo

      Merci. il y aura toujours des exploiteurs, des héritiers à l’affût du pactole. Je vous souhaite un bon réveillon. J’ai eu une semaine intense au travail, ça tombait bien, la blogosphère est un peu endormie.

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  6. La baladine

    Les chanteurs dont la disparition m’a le plus attristée, après Jacques Brel (je me souviens, il pleuvait, ma mère est venue me réveiller en me disant « le ciel pleure, il pleure Jacques Brel »)… Michel Berger… Ferrat… Nougaro… Montand… Salvador… Baschung… Bowie, et, il y a deux jours seulement, Pierre Barouh… Oui, certains chanteurs, certains acteurs deviennent un peu des manières d’amis, des témoins qui nous accompagnent et deviennent partie intégrante de notre vie…
    Ah, Barouh et sa Samba Saravah… https://youtu.be/eHeR50NQctE
    Bises de belle fin d’année ♫♫♫

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    • Jo

      la meilleure façon de leur rendre hommage, les écouter le soir du réveillon. Cette année a été très cruelle pour les chanteurs.
      Une bise et un bon réveillon.

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  7. Solange

    CC Jo,

    Oui c’est triste toutes ces disparitions le dernier Georges Mickael 53 ans c’est bien trop jeune, ce que j’ai pu être amoureuse de lui avec sa belle gueule et sa jolie voix!!! Sniff
    Par contre je suis comme toi choquée par ces nouveautés faire chanter des morts!!! n’importe quoi pour moi?
    Bonne fin d’année 2016,
    Bises

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    • Jo

      on continuera à l’écouter, George et sa belle voix. C’était chouette, tout en rythme.
      Peut être aurons nous un biopic, un de ces jours.
      Mais pas question de cautionner ces hologrammes. Il faut se faire une raison, ils sont morts, ils ne reviendront plus.
      Bon réveillon. Bises

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  8. Daphné @ Be Frenchie

    Hier soir, en roulant dans la nuit sur les petites routes de ma garrigue, je pensais à Leonard et David, qui tournent en boucle à la maison depuis bien avant leur disparation. Chaque mort nous renvoie à la nôtre bien sûr, alors on peut avoir l’impression que ces monstres sacrés sont irremplaçables – et c’est vrai.

    Mais j’ai aussi pensé à tous ces jeunes talents qui émergent et que je découvre avec jubilation. Ces jeunes biberonnés à David, Leonard, John, Michael, qui créent la musique d’aujourd’hui. Alors, comme je serai heureuse de laisser un jour ma place sur terre à mes enfants, je veux faire de la place dans mes playlists aux jeunes talents et regarder l’avenir avec le sourire.

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    • Jo

      Je suis bien d’accord avec toi. Ces jeunes talents sont très créatifs, mais vont ils s’inscrire dans la durée ? Difficile d’être à la hauteur aujourd’hui. Ils doivent être sulfureux mais pas trop pour ne pas choquer, assez beaux pour prêter leur image à un parfum et chaque nouvel album doit être mieux que le précédent. Sinon, on les jette, on dit qu’ils sont finis, on regarde déjà vers le nouveau qui pointe son nez. Une carrière sur 4 ou 4 décennies, c’est presque impossible.

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      • Daphné @ Be Frenchie

        Mais la grande chance de notre époque est que grâce à internet et la démocratisation du matériel technique on peut créer sans intermédiaire et entretenir un lien direct avec son auditoire. J’aime par exemple beaucoup ce que propose Tom Rosenthal, qui touche à tous les domaines et crée ses clips tout seul, hors système.

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        • Jo

          il faut être un peu curieux et initié pour les trouver, ces petits génies. Mais pourquoi pas, c’est bien de sortir des sentiers battus.

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