Je n’attends plus de bonnes nouvelles.

Le téléphone fait partie de nos vies, il nous est indispensable. Chaque année, nous recevons  des appels pour les vœux, les anniversaires, l’annonce de naissances, de résultats d’examens et  les  invitations … Et de temps en temps, des choses plus tristes.

Je me souviens de cris de joie et de véritables délires au téléphone. C’est notre façon de prolonger le lien avec ceux qu’on aime.

Avec mes parents, les échanges sont  quasi quotidiens car ils sont un peu loin de moi.  Ils n’utilisent que le téléphone fixe, celui qui sonne pour les appels publicitaires, les sondages et autres futilités. Ils ont maintenant un appareil à touches, à grosses touches. Fini le téléphone gris, à cadran, il fallait un temps infini pour composer un numéro.

Le bon vieux téléphone à cadran. Source Pinterest

Le bon vieux téléphone à cadran. Source Pinterest

Venant d’eux, il y a longtemps que je n’attends plus de bonnes nouvelles. Ils sont vieux maintenant, ils n’ont plus de projets.

Souvent, ils n’ont pas grand chose à dire, le dialogue est banal : le temps, les enfants, le chômage, les attentats,  le quotidien tellement prévisible.

De temps en temps, les conversations sont sans fin : Untel est mort, l’autre est malade, la voisine est de mauvaise humeur, le nouveau médicament ne donne pas de bons résultats. Dans ces phrases résignées,  aucune envie, juste des désillusions ressassées.  L’hiver, il flotte dans l’air une déprime accentuée par le manque de luminosité, le mauvais temps.

Pour eux, le dur labeur est terminé. Leurs mains de travailleurs de la terre sont au repos maintenant. Ils vivent au ralenti. Ils sont fatigués. Les jours se traînent, s’étirent. Ils meublent leurs semaines avec rien, ils cultivent la nostalgie du temps où ils étaient plus jeunes. Nous avons du mal à les comprendre, nous qui multiplions les activités.

 Je leur donne quelques pistes pour les occuper : un tricot pour maman, mais ses doigts déformés ne peuvent plus tenir les aiguilles.  Je leur propose des magazines mais leurs yeux sont vite fatigués. Je leur suggère  des sorties pour m’entendre dire que ce n’est plus de leur âge.

Le cafard rentre dans la maison par la radio, la télévision. Ils sont inquiets pour nous à chaque déplacement et cette angoisse primitive ‘La peur de manquer’ revient souvent les hanter. Ils ne comprennent rien à cette drôle d’époque, folle et désaxée.

Quand le téléphone fixe sonne le soir, je ne suis plus impatiente, ni curieuse. Je sais bien qu’il ne s’est rien passé d’exaltant chez eux.  L’angoisse est là au moment de décrocher. Je redoute la mauvaise nouvelle, celle qui va changer nos vies.  Je sais qu’un jour, il faudra partir, là, tout de suite après cet appel téléphonique.

15 Commentaires

  1. Janachete

    En plein dans le mille Jo !
    J’ai exactement les mêmes préoccupations envers mes parents, qui sont âgés, fatigués, malades et sans plus beaucoup de motivations .
    J’ai l’angoisse permanente du moment où l’un d’eux va nous quitter .
    Mais je préfère croire par moments qu’ils sont éternels tant ils ont surmonté de choses !
    Le cycle éternel de la vie…
    Bon dimanche ma belle !
    Bises !

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    • Jo

      Nous sommes dans le même cas, toutes les deux. Heureusement, les bonnes nouvelles peuvent venir de nous ou des enfants

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  2. solexine88

    C’est difficile de voir ses parents vieillir…Tu le dis très bien, avec tendresse et tristesse.

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    • Jo

      Oui, maintenant, les bonnes nouvelles ne viendront jamais d’eux. C’est triste mais c’est comme ça.

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  3. Jocy

    Bonjour Jo jai découvert votre blog il y a quelques mois. ….puis je l’avais perdu. Heureuse de vous retrouver avec ce billet qui me touche, qui me touchait puisque mes parents ne sont plus là malheureusement! L’appel quotidien me manque même si effectivement les propos étaient souvent pessimistes.
    Je ne peux supprimer le mot « Maman » dans mon téléphone!

    Alors profitez autant que possible de leur présence.

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    • Jo

      Merci de me lire. J’avais ‘disparu’ pour d’obscures raisons de mot de passe. De plus, celui qui m’avait aidé à créer le blog ne s’est pas senti concerné par mon problème. J’ai été déçue par son comportement. Bref, me revoilà.
      Les propos pessimistes, on connait. Mes parents puisaient leurs infos dans le journal et à la radio. Depuis qu’ils ont toutes les chaines d’info, c’est encore pire, ils ne regardent que ça et c’est quand même très anxiogène. Après, il faut leur expliquer qu’ils ne risquent rien, mais ils n’en sont pas convaincus.
      La disparition des parents, on sait que ça va arriver un jour, mais on n’y croit pas vraiment.

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  4. La baladine

    Les vieux parents… et ce moment où tout bascule, quand on s’aperçoit qu’on s’inquiète plus pour eux qu’eux pour nous… On a cessé d’être leur petit enfant, ils sont un peu devenus les nôtres, d’enfants… Votre billet est très touchant.

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    • Jo

      Merci, mais en fait, ils vivent très bien leur ‘lenteur’. Ils gémissent un peu parce qu’ils ont des douleurs.
      Je suis un peu loin d’eux et j’ai remarqué qu’ils restent autonomes, en disant – On ne va pas l’embêter avec nos problèmes !
      Quand les enfants sont à coté, , les parents âgés ont tendance à se laisser aller. Là, ils font l’effort d’assumer le quotidien. Ce qui me fait peur, c’est quand l’un des deux va partir.

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      • La baladine

        Je comprends ça… Que celui des deux qui reste soit aussi dynamique que l’est ma maman depuis qu’elle est seule (elle a aujourd’hui 84 ans), c’est tout le mal que je vous souhaite, bien amicalement!

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        • Jo

          En tout cas, 80 ans, c’est un cap. Chez tous ceux que je connais, j’ai constaté une perte de dynamisme et d’intérêt. Bon week-end. Jo

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  5. chiffonsandco

    les miens sont décédés depuis quelques années déjà, mais je n’y pensais pas de cette manière, avant que ça n’arrive….

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    • Jo

      De temps en temps, j’ai envie d’appuyer sur le bouton ‘accélérer’ pour les faire avancer, mais ils n’ont pas de problème de compréhension ou de mémoire, c’est bien là l’essentiel. Les douleurs des articulations, c’est normal à leur âge.

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  6. jo

    essai

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    • Jo

      Merci. Le principal, c’est qu’ils sont encore tous les deux, en relative bonne santé.

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