A propos de Sophie Calle.

 

Connaissez-vous Sophie Calle ?  C’est une plasticienne qui expose actuellement au Musée de la chasse et de la nature, à Paris. Dans cet espace, elle met en scène des animaux empaillés. Elle explique qu’elle en a partout dans sa propre maison, que chaque personne de son entourage a son équivalent animal chez elle et surtout, que c’est joyeux !

Pour cette expo, elle a travaillé avec  Serena Carone qui a sculpté son tombeau. Elle apparaît, couverte de fleurs et n’y voit rien de morbide. Avec elle, la discrétion du deuil explose, elle devient loufoque, déroutante.

Je n’aime pas les animaux empaillés. Chez mes parents, dans  une pièce, trône un écureuil. Pas facile de tomber en extase devant un truc pareil ! Ce n’est pas de l’art, c’est moche, tout simplement.

Sophie apporte une dimension poétique aux objets. Elle dialogue avec eux, casse les codes. Elle explique que son travail naît d’une réflexion, de savants calculs.

Elle voit l’art partout mais ne donne aucune explication. Elle peut dire que ses ongles vernis sont une oeuvre d’art.

Mais comment distinguer l’oeuvre d’art d’un canular ?

Tout est dans le concept. Il suffit de sortir du conventionnel, comme Jeff Koons. C’est une star.  On dit qu’il se met en danger, qu’il va au delà de l’objet, qu’il prend tous les risques.  Quels risques ?

Il fait du business. Il est à la tête d’une entreprise. On est loin de l’artiste qui crée,  l’estomac creux, bohème et désintéressé. C’est un génial metteur en scène, devenu l’attaché de presse de son art. Des assistants sont au service de son oeuvre, respectueux de ses directives les plus déjantées.

Dans un musée, je vais volontiers vers l’art abstrait. Les toiles de Picasso, Pollock ou Kandinsky n’évoquent aucune réalité mais les couleurs subtiles, l’harmonie qui s’en dégage, suffisent à me les faire aimer.  De même, Warhol, dépoussiéra l’art en jouant avec la duplication des motifs, le détournement des objets. Cette surprenante modernité s’appelle le Pop Art.

J’aime ces toiles abstraites mais je ne comprends pas les règles des expositions d’objets.

Dans l’art contemporain, plus c’est gros, plus c’est bizarre, mieux ça passe

On trouve un code-barres de 500 m2 (tania Mouraud), un savon de Marseille de 22 tonnes (Fabrice Hybert) et cet ours devant lequel pose Sophie Calle.

Sophie Calle Musée de la chasse

 

Je reste dubitative. Je ne sais pas si c’est génial ou absurde. On nous fait croire que ces mises en scène sont le fruit de plusieurs années de réflexion. J’ai du mal à le croire.

La galeriste Magda Danysz explique ‘Quand un artiste pose un caillou au sol, c’est l’aboutissement de quinze années de réflexion’. Pauvre artiste, quinze années à faire des plans pour un caillou, il y a de quoi devenir fou ! D’ailleurs, pour certains, on doute de leur santé mentale.

Sophie Calle a dépoussiéré les animaux empaillés, mais je ne comprends pas la démarche de l’artiste. Il y a une forme d’excentricité mais je ne vois pas où elle veut aller. Veut-elle provoquer, faire le buzz ? Je n’ai pas la réponse.

Vous me connaissez, quand je n’ai pas la réponse à une question, ça m’agace. Vous savez que je suis capable de revoir un film plusieurs fois quand je ne comprends pas l’histoire. J’essaie d’oublier Sophie Calle  mais quand je regarde cet écureuil empaillé, chez mes parents, je repense à son exposition et le questionnement revient.

On dit que l’art est toujours opaque. Dans ce cas, mission parfaitement réussie pour Sophie Calle.

22 Commentaires

  1. Visiteuse

    Il y aurait encore tant de choses à dire sur l’Art…

    Je ne veux pas me vanter mais mon mari est un artiste conceptuel.
    Pour tout vous avouer, il ne le savait pas, ni moi non plus, jusqu’au jour où je l’ai l’entendu parler (lui le taiseux) d’algorithmes, de la pureté et de la beauté des lignes de code bien pensées, bien écrites. De ses applications de gestion si complexes à réaliser pour qu’elles soient simples, mais pas simplistes. Des programmes à haute valeur ajoutée qui fonctionnent sans bugs et enchantent les utilisateurs.

    Ce jour là, j’ai réalisé que je vivais avec un Jean Sébastien Bach du Développement Informatique.
    Ce jour là, j’ai réalisé que l’informatique aussi était aussi un art ; mais paradoxalement, ironiquement, surtout pas contemporain parce qu’il faut bien admettre que l’informatique contemporaine c’est souvent des usines à gaz…

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    • Jo

      Le développement informatique me donne la nausée … Un peu comme les œuvres de Sophie Calle. Donc, le développement informatique est certainement une forme d’art.

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      • Visiteuse

        Bravo pour votre beau syllogisme, clair, net et sans bavures…

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  2. Femmesdelettres

    Chère RideeRieuse,
    vous avez bien raison de vous agacer. Les exposants du Musée de la Chasse sont très souvent des impostures vivantes, des pseudo-artistes adoubés non par leurs pairs mais par de riches familles de mécènes dont souvent ces gens-là sont issus. Hélas, il faudra toujours vivre avec ces idiots, car les riches auront toujours l’argent de s’acheter un statut d’artiste à peu de frais. Mais que cela ne nous empêche pas de faire du vrai travail artistique à côté…
    Cdt,
    FDL

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    • Jo

      il est vrai que l’art et l’argent sont étroitement liés. Bernard Arnault avait eu, je crois, plus de 600 millons d’euros de déduction fiscale pour sa fondation. Les musées ont besoin du mécénat.
      On peut crier à l’imposture pour certains musées, on peut dire que l’on ne comprend rien à l’art contemporain mais il faut le laisser exister. On sait où mènent les censures.
      Merci de votre visite.

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  3. Solange

    J’ai du mal moi aussi je l’avoue!!!
    Bises Jo

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    • Jo

      Quand on regarde les expos à la FIAC, on a du mal à comprendre. Faut-il être initié ? Certainement.
      Une oeuvre d’art, c’est un peu comme un meuble IKEA, il faut mettre la notice avec.

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  4. Visiteuse

    Sophie Calle (…) je ne vois pas où elle veut aller. Veut-elle provoquer, faire le buzz ? Je n’ai pas la réponse ».

    Ben, vu ce qu’elle «produit », je pense qu’elle non plus ne le sait pas trop. Peut-être faire juste la promo de la taxidermie.

    A sa place, je ferais gaffe quand même que Greenpeace ou autre ONG spécialiste de la Cause, n’aille pas trop se pencher sur son cas, surtout qu’elle a apparemment pris de l’avance avec son tout joli tombeau fleuri déconstruisant les codes de la douleur du deuil contre une explosion de joie saine et bienveillante – et artistique.

    « Ci- gît Sophie Calle qui fût recalée à plate couture dans la course de « la grande galerie de l’évolution ».
    https://www.google.rs/search?q=la+grande+galerie+de+l%E2%80%99%C3%A9volution&rlz=1C1CAFA_enRS657RS657&tbm=isch&source=iu&ictx=1&fir=aLa-HblkLLlCdM%253A%252Cxjf6gicx0a3LKM%252C_&usg=__bxl1YZKNWn6c60XjbWtAFrziyuU%3D&sa=X&ved=0ahUKEwieldSlwJHYAhUOb1AKHaJAAmcQ9QEIYzAK#imgrc=FpW4PEYt3WI05M:

    Animal : 1 / Sophie C : 0

    Je suis méchante hein ? Ai-je honte ? Pas pour l’instant, on en reparle demain, si vous le voulez bien…

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    • Jo

      Pour résumer, elle est complètement ‘perchée’. J’ai regardé son parcours, ses expos, ses mises en scène. C’est pathétique. Pourtant, d’habitude, j’aime bien les artistes un peu bizarres. Je suis fan de Philippe Katerine, je ne sais pas s’il y a quelque chose à comprendre, mais au moins, il me fait rire.
      Celle là, je ne m’en lasse pas : https://www.youtube.com/watch?v=E1qTXGBwRh8

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      • Visiteuse

        C’est vrai que Philippe Katerine est décalé ! La première fois que j’ai écouté « éteignez la lumière », j’ai crié mais crié-é « coupez le son aussi !».

        La seule chose que j’ai compris à l’art moderne ou contemporain ou conceptuel, c’est que les artistes sont des êtres engagés sur des questions économiques, écologiques et politiques. En général, Ils dénoncent la société de consommation, l’industrie, le capitalisme.
        Leur mode d’expression est tout sauf beau, en somme, aussi laid et abscons que le monde qu’ils critiquent.
        Je ne sais pas si c’est très efficace car combien comprend leurs messages ? A moins qu’ils s’en foutent. Il ne s’agit pas de vulgarisation mais de se faire un Nom dans l’univers doré mais restreint des marchands d’art et d’avoir une côte, comme à la bourse.
        Et c’est là que cela devient marrant car l’artiste par définition bohème vend au grand bourgeois : « l’artiste est de gauche et l’acheteur de droite » (le plus souvent en tout cas) et le bobo quant à lui, va s’admirer lui-même en train d’admirer l’artiste dans les galeries.

        Mais le bon ou le mauvais génie dans cette histoire, c’est que l’artiste est une figure archétypale de la théorie Schumpétérienne et du coup un agent actif du capitalisme !
        Schumpeter a révélé la destruction/création en économie grâce à l’innovation. Si l’entreprise n’innove pas elle est morte.
        La compétition, l’adaptation permanente mènent à la création de nouveaux biens et services qui remplacent l’existant.

        L’artiste contemporain veut être dans cette logique là : il provoque la rupture des conventions, des codes du monde ancien qu’il déconstruit pour recréer autre chose ; il doit le faire de manière frénétique et surtout vendre pour être consacré et au besoin se reconvertir là où l’on gagne de l’argent.
        Il est lui aussi partie prenante dans la « révolution permanente du monde capitaliste ». J’adore !!!

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  5. Janachète

    Mais quand il m’arrive de tomber sur un tableau qui est censé être du cubisme tout blanc avec un petit carré ou un.point .
    Apparemment c’est très difficile à faire .je prends ça pour du fumisme plutôt.
    J’ai du mal avec certains soit dsant « abstraits . »
    Et alors ces sculptures contemporaines énormes qui meffraient et là ces animaux empaillés je n’adhère pas non plus .
    Tu as raison encore une fois.
    Bonne soirée.
    Bises !

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    • Jo

      j’adhère plus facilement au contemporain pour la peinture. mon mari est plus réticent. Devant un Pollock, par exemple, il fait la grimace. Quand on voit les monochromes, on se demande si le peintre n’avait pas une volonté de finir tous ses tubes d’une même couleur. Je te souhaite un bon dimanche. Bises

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  6. La Baladine

    Peut-être l’art consiste-t-il à nous faire entrevoir le monde sous un jour autre que celui qui nous est familier… Je ne sais pas répondre à ta question. Mais que tu t’interroges est sans doute un premier but atteint pour Sophie Calle.

    Dans le Mythe de Sisyphe, Camus, traitant de l’absurdité de la vie, nous dit: « L’œuvre absurde illustre le renoncement de la pensée à ses prestiges et sa résignation à n’être plus que l’intelligence qui met en œuvre les apparences, et couvre d’images ce qui n’a pas de raison. Si le monde était clair, l’art ne serait pas. »

    Bises de bon week-end

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    • Jo

      Donc si je suis bien Camus, dans l’art il y a une part de folie. Le tout est d’accéder au statut d’artiste. Si je suis une artiste, je peux me teindre les cheveux en rose et chanter dans la rue, on dira – C’est une artiste.
      Si moi, Jo, je fais la même chose, on va vite s’interroger sur ma santé mentale.
      Et, tu as raison, Sophie Calle veut qu’on s’interroge sur sa démarche.

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  7. matchingpoints

    L’art contemporain est très difficile à cerner, et souvent il y a beaucoup de bruit pour pas grand chose…
    Des animaux empaillés ne représente pas un art pour nous ; les chasseurs exposent leurs « exploits », mais c’est tout !
    Nous partageons votre coup de gueule

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    • Jo

      Souvent, les artistes ont une cour très hypocrite.. Avec leurs petites phrases – Ma chérie, tu es géniale ! ou – C’est le summum de la créativité ! on entretient le mythe.
      Et la côte de certaines œuvres est une aberration. Il suffit que Pinault ou Arnaud s’entichent de l’artiste, et la côte explose.

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  8. Sissi

    Je déteste l’idée de tuer des animaux pour les empailler ! Je ne suis pas végétarienne même si j’aspire à le devenir mais pour autant je ne mange ni foie gras ni œufs de poisson, je ne porte pas de cuir, excepté certaines paires de chaussures mais je les garde des années, et mon sac à main est en simili-cuir. Je ne comprends pas que l’on fasse une telle pub à cette (au choix) Cruella ou Millicent Clyde (dans la comédie Paddington) de Sophie C. ?! Et même esthétiquement, je suis de ton avis Jo, c’est morbide.

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    • Jo

      C’est sûr, elle va choquer les vegans et tous ceux qui se demandent pourquoi elle a une telle fascination pour ces animaux empaillés. Mais en choquant, on parle d’elle et c’est bien le vœu de tout artiste.

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  9. nadine pavard

    L’art c’est toujours un ressenti personnel, Quand on voit les sommes astronomiques que certains lâchent pour obtenir certaines oeuvres, ça laisse sans voix !

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    • Jo

      Quand on regarde les expos de la FIAC, c’est n’importe quoi. Et ils veulent nous expliquer que les artistes mettent des années pour sublimer leur oeuvre. Foutaise !

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  10. zenopia

    Je ne connaissais pas mais j’avoue avoir du mal à trouver l’art dans ses oeuvres… pourtant, je suis preneuse du contemporain…
    Question de sensibilité sans doute…
    Bon week-end 🙂

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    • Jo

      A notre époque, nous sommes sensibilisés à la souffrance des animaux. Cet empaillage morbide nous met mal à l’aise. Mais on trouvera toujours un public qui crie au sublime, à l’inventivité.
      La pyramide du Louvre a eu, a toujours ses détracteurs qui disent que c’est une hérésie. Moi, je trouve que c’est très réussi. Question de sensibilité, comme tu dis. Bon dimanche.

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