En hommage à un ancien Président.

 

Je dois vous l’avouer, je ne m’intéresse pas beaucoup aux actualités régionales. Je ne lis jamais le journal local et j’ouvre souvent de grands yeux ronds quand on m’annonce un changement notoire tout près de chez moi.

La semaine dernière, dans une salle d’attente, j’ai lu, dans la presse, une information de la plus haute importance :

A Brive, l’avenue J. F. Kennedy va devenir l’avenue Jacques et Bernadette Chirac.

Pour preuve, l’article paru dans le journal La Montagne :

Le conseil municipal de Brive-la-Gaillarde a décidé ce jeudi 5 octobre de donner le nom de Jacques et Bernadette Chirac à une avenue de la ville.  Cette avenue, qui portait jusqu’ici le nom de John-Fitzgerald Kennedy, vient de faire l’objet d’importants travaux.

« C’est une façon  de rendre hommage à deux personnes qui ont fait beaucoup pour Brive en donnant leur nom à une des routes les plus empruntées du département », estime le maire, Frédéric Soulier.

Et là, vous pensez : – Qu’est ce qu’elle nous raconte, Jo ! On s’en fiche des noms des rues à Brive !

Je vais quand même vous donner mon point de vue sur cette affaire.

Je suis  corrézienne d’adoption depuis 35 ans et je peux vous le confirmer, ici,  Jacques Chirac est très populaire. Il a toujours eu fière allure, un certain panache  et, dans la région, rares étaient ceux qui ne tombaient pas sous son charme.

En cette fin d’année, il est à l’honneur. Tout le monde y va de ses souvenirs, de ses confidences et sept livres vont paraître cet automne : Chirac, Maire de Paris, Ministre, Rassembleur au sein du RPR, Président,  amateur de tête de veau et autres plats roboratifs, séducteur, enjôleur.  Un musée lui rend un bel hommage, à Sarran, pas loin de Tulle. C’est un établissement au coût de construction élevé, en mal de visiteurs, qui plombe les comptes de notre département déjà très endetté.

Jacques Chirac, c’est 45 ans de carrière politique et de nombreux services rendus à la Corrèze et aux corréziens. Même si popularité ne rime pas toujours avec efficacité, il était normal qu’une rue porte son nom.

Mais pourquoi débaptiser une avenue ? On pouvait lui donner le nom d’une place ou attendre la création d’une autre rue.

Et surtout, pourquoi associer Bernadette à cette distinction ?

Bernadette, née Chodron de Courcel, dans le 16 ème, est venue se ‘perdre’ en Corrèze par devoir. C’est son statut de ‘femme de’ qui lui a permis de devenir Conseillère Générale, adjointe au Maire de Sarran et Présidente de la fondation Claude Pompidou.

Elle était réélue sans discontinuer, à chaque scrutin. Et pour cause ! Elle se battait pour obtenir des financements. Grâce à elle, Hillary Clinton et le président chinois sont venus en Corrèze et le Tour de France est passé dans notre région.

Mais Bernadette n’a jamais eu le sourire facile. Quand on la croisait parfois, elle était froide, hautaine. Tout le contraire de son mari qui ne se faisait pas prier pour boire une bière et passer du temps avec les corréziens

Bernadette a eu son heure de gloire avec les pièces jaunes mais chez nous, son pouvoir était limité, elle ‘régnait’ sur un bien maigre territoire pendant que son mari dirigeait le pays. On se souviendra surtout de sa mine renfrognée, de son allure de vieille dame indigne.

Bernadette, c’est un paradoxe. Grand luxe à la mairie de Paris, faste à l’Elysée, elle montrait aussi son grand cœur et s’engageait pour de nobles causes.

Quand son mari est devenu Président, elle n’a eu aucune envie de s’extraire, d’échapper à ces ‘obligations’. Elle a trouvé son épanouissement dans les inaugurations, les soirées mondaines.

A-t-elle travaillé d’arrache-pied pour y arriver ? Non, tout est ‘tombé du ciel’. Il suffisait de s’appeler Madame Chirac.

De toute façon, même si son nom est écrit sur la plaque de la rue, personne ne dira – Avenue Jacques et Bernadette Chirac. Bernadette sera vite oubliée, on dira Avenue Jacques Chirac.

Imaginons le même procédé pour François Mitterand. Dans ce cas, il faudrait noter : – Rue Danielle et François Mitterrand … Et Anne Pingeot.

Et pour François Hollande qui aura certainement une rue à Tulle, un jour, ce serait encore plus long : Rue François Hollande … Et Ségolène … Et Valérie … Et Julie …

C’est absurde. De toute façon, la plupart des corréziens continueront à dire – Avenue Kennedy, par habitude.

 

Photo : Ouest France

23 Commentaires

  1. beatrice

    J’aime toujours autant tes billets Jo!
    Bon dimanche!

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    • Jo

      Merci. Bon dimanche à toi aussi

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  2. zazimutine

    Enorme la chute de ton billet!
    Sinon, pour le fond je n’ai pas d’avis tranché. Je crois que ça me passe un peu au-dessus en fait 😉

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    • Jo

      En fait, il est difficile d’avoir un avis tranché sur Jacques Chirac. Il était ‘tellement sympa’ , on le croyait sincère et honnête. Mais en politique ces deux qualités sont vite gommées et le parcours Chirac a quelques zones d’ombre.
      Par contre, pour Bernadette, j’ai un avis tranché, elle mettait en avant le ‘Madame Chirac’ pour faire passer tous ses caprices.

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  3. Visiteuse

    Franchement, sur le sujet, j’ai du mal à savoir si c’est bien ou pas pour les brivistes…
    D’un côté dire : rendez-vous au numéro X de l’avenue « Jacques et Bernadette Chirac » c’est un peu long.
    D’un autre côté, son maire n’a « pas le souvenir que JFK ait fait quelque chose pour Brive. »
    Pour autant que je sache, ce n’est pas faux.

    Sinon, ce double hommage est plutôt bien pensé, sachant surtout que sans sa femme, Chirac n’aurait pas eu la carrière politique qu’il a menée. Dans le couple la tête pensante c’est elle, on l’a bien vu, quand il ne l’écoutait pas il ne faisait que des conneries.
    Bernadette jeune femme a perçu tout le potentiel ambitieux de son futur président de mari, cela mérite bien une avenue à son prénom.
    D’ailleurs vous l’aurez remarqué, l’ordre de préséance est supérieur à celui de la galanterie qui aurait exigé « avenue Bernadette et Jacques Chirac ». Mais que font les féministes !

    Pour finir sur les honneurs à rendre à Normal 1er ennemi Juré de la Finance, baptiser à son nom le cimetière de Tulle serait approprié je trouve. Ben oui, pour le grand Fossoyeur du PS, de la droite et de la France c’est un minimum…

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    • Jo

      Dans ce couple atypique, elle a sans doute perçu son potentiel. Il avait besoin d’un réseau, l’entrée par le mariage dans cette famille bourgeoise, a été un tremplin. Quelle fierté pour Bernadette d’avoir à son bras un des plus beaux garçons de Sciences Po.
      Je suis comme vous, je pense que ‘Jacques et Bernadette Chirac, c’est bien trop long. On dira avenue Chirac, tout simplement.
      Mais pourquoi débaptiser une rue ? Pour beaucoup, surtout ceux de ma génération, on parlera encore de l’avenue Kennedy.
      Le Shopi, pas loin de chez moi, a changé de nom il y a 5 ans et tout le monde dit encore ‘On va à Shopi’.
      Et le nom de François Hollande pour le cimetière de Tulle, belle idée !

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  4. Janachète

    Toujours tournés avec humour tes billets.
    J’apprécie.
    Pour le nom des rues j’ai toujours trouvé très bizarre les choix qui sont faits et pas toujours justifiés.
    Bonne semaine !

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    • Jo

      Tu as raison, les choix des noms de rue, c’est bizarre.
      Il y a, dans toutes les villes, ‘Avenue de la Gare’, et ‘ Place du marché’ pas très original !
      Toutes les tendances historiques se retrouvent sur les plaques, sans oublier le nom des personnalités locales.
      On le prononce par habitude et Bernadette, même si elle est sur la plaque, ne sera pas souvent citée.
      D’ailleurs, les femmes sont oubliées dans les noms des rues.
      Bises et bon week- end .

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  5. La Baladine

    J’adore le « même si popularité ne rime pas toujours avec efficacité ». C’est d’une lucidité férocement drôle.

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    • Jo

      Et pareil pour Bernadette. Nino Ferrer disait dans sa chanson – Bernadette, elle est très chouette !
      Avec sa mine renfrognée et sa coiffure improbable, Bof Bof !
      Madame Macron paraît tout de suite plus sympathique, elle fait le job avec le sourire.

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  6. Sissi

    En tous les cas, je trouve ça bien qu’il y ait une rue au nom de Chirac. Je ne sais pas ce que les historiens retiendrons à long terme de sa présidence mais ce que j’en retiens pour ma part, c’est que nous avons globalement eu une certaine paix sociale sous sa présidence et la paix ça n’a pas de prix. Et je ne suis pas choquée que l’on associe son épouse Bernadette qui a pour moi très bien rempli sa mission de « première dame ». Et ton idée d’associer Danièle Mitterand à son époux me plaît beaucoup : il ne faut pas oublier qu’elle a été une vraie résistante alors qu’elle était toute jeune mais déjà très courageuse et engagée.
    Mais bien sûr il est important avant tout que les Corréziens et les Brivistes approuvent cette décision qui les concerne au premier chef.

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    • Visiteuse

      Pour les historiens, je ne sais pas mais pour les rhétoriciens oui.
      Après le point Godwin soit « plus une discussion dure, plus les chances de voir un interlocuteur se référer aux nazis croissent ».
      Il existe désormais un nouvel élément de rhétorique politique, le point Chirac.
      « Celui au-delà duquel n’importe quelle affaire devient neutre dans le parcours politique du candidat ».
      Une fois ces politiciens retirés des affaires ou bien étant allés ad patres, leur capital sympathie atteint des records de popularité. Reconnaissez que c’est ballot.
      Le Français est quand même un animal social bien étonnant : exceptionnellement bon et/ou amnésique, il adore encenser après, celui là même qu’il a tant aimé détester avant.
      J’appelle ça le syndrome Louis XVI car on a beau dire mais cette tâche originelle ne s’effacera jamais de son inconscient collectif.

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    • Jo

      Je ne sais pas si les brivistes approuvent l’idée ; en tout cas, ils n’ont pas le choix.
      Une rue Jacques Chirac ou une Place Jacques Chirac, je trouve ça normal. Les corréziens étaient fiers de son parcours.
      Bernadette, avare en compliments et en sourires, n’a pas fait l’unanimité dans la région.
      Danielle Mitterrand était bien plus à gauche que son mari, courageuse et engagée, comme tu dis.
      Brigitte Macron est très populaire. Elle représente bien la femme d’aujourd’hui.

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  7. Anne -Marie

    Héhé, la référence à Anne Pingeot m’a bien fait rire 🙂

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    • Jo

      Si on pousse la logique jusqu’au bout, elle fait partie de sa vie, au même titre que Danielle.
      Mais les convenances font oublier les écarts de conduite

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  8. Daphné @ Be Frenchie

    Cette vanité humaine m’épate toujours : comme si donner un nom de rue, participer à des mondanités recevoir quelques médailles changeait quoi que ce soit. A quoi peuvent bien servir ces hochets ?

    Ton article me fait penser au théâtre Jean-Claude Carrière à Montpellier. Certes, j’apprécie l’écrivain. Mais j’ai été carrément surprise le jour où j’ai découvert que l’association qu’il préside a obtenu la construction d’un nouveau théâtre dans un parc de la ville portant son nom. En soi, construire un théâtre ne peut être qu’une bonne chose – mais ce choix de nom me parait tellement curieux. Je crois que je ne comprendrai jamais ces choses-là.

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    • Visiteuse

      « La vanité, c’est décidément mon péché préféré. C’est tellement fondamental. Le narcissisme, c’est notre propre opium »*.
      Et ce n’est pas Thackeray dans sa foire qui dirait le contraire ; non mais !
      *L’Associé du diable avec le magnétique Al pacino.

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    • Jo

      Oui, c’est bizarre, ce nom pour un théâtre.
      En tout cas, pour Jacques Chirac, une rue à son nom et 7 livres qui sortent, on veut le faire mourir avant l’heure !

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  9. Solange

    Et oui tu as raison lol j’aime bien Kennedy très chic après jamais beaucoup le personne Chirac toujours avenant et souriant!!!
    Les nouveaux présidents on moins de classe que les anciens;

    Bonne fin de semaine,

    Bisous

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    • Jo

      C’est sûr, avoir un aéroport à son nom, ça c’est la classe !
      Et je suis d’accord avec toi, Messieurs Sarkozy et Hollande, ont désacralisé la fonction
      Bon week end. Bises

      Réponse
  10. Matchingpoints

    C’est vrai, pour Hollande et Mitterand, il faudrait appeler les rues Holland ou Mitterand&co 🙂 !
    Pourquoi changer de nom, Kennedy ça sonne beaucoup plus chic…
    Il y a du bon sens dans votre post, en plus il nous fait rire !
    Bonne journée

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    • Visiteuse

      Hey ! Jackie était chic John était juste boiteux comme Œdipe, d’où son tragique destin à lui aussi.
      Quant à « Mittrand », Le plus grand mafieux de toute la Vème, on ne compte plus ses rues, places et monuments aussi pharaoniques que moches.
      Sauf la pyramide du Louvre, je vous l’accorde qui elle, est somptueuse.
      Comme quoi, ma détestation des cocosos ne m’empêche pas d’être objective.

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    • Jo

      Mais pour les quinquas et plus, on parlera encore longtemps de l’avenue Kennedy.
      Et nos arriere petits enfants ne sauront sans doute pas qui était Jacques Chirac.

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