Parcoursup, c’est pas gagné !

 

Il y a deux ans, en dernière année de maternelle, Mathilde jouait souvent à la maîtresse. Elle installait ses poupées, montrait le tableau, posait des questions et répétait sans arrêt cette phrase – Le CP, c’est pas gagné !   

l’entrée dans le monde des grands demande quelques bases, bien solides.

Sans doute entendait-elle cette formule, chaque jour, lors des phases de découragement de l’enseignante et de son équipe.

Le temps passe vite. L’enfant arrive au CP, au collège, au lycée et, en terminale, il doit choisir sa voie.

Et là encore, c’est pas gagné !

Début mars, j’ai découvert Parcoursup, l’usine à gaz de l’orientation, l’année du bac.

En terminale, il suffit de prononcer le mot ‘orientation’ pour créer des tensions. Les parents s’agacent, les enfants ne mesurent pas toujours l’importance de la procédure.

Pourtant, l’heure est grave, leur avenir est en jeu.

Cette année, en plus des vœux, les élèves doivent rédiger un cv et une lettre de motivation. Tout naturellement, j’ai donné quelques conseils aux enfants de nos amis.

Pour moi, c’était simple. Un peu de bon sens suffisait. En relisant les brouillons, j’ai traqué les fautes et les répétitions et mis un peu de fluidité dans les phrases. J’ai découvert la complexité de Parcoursup.

L’élève de terminale doit indiquer son projet professionnel et expliquer en quoi la formation choisie va lui permettre de s’y préparer. Il faut commencer par une petite phrase d’accroche (pour flatter l’école), décrire son parcours et, là où ça devient compliqué, parler de ses stages et expériences.

Avoir de bonnes notes ne suffit plus. Il faut mettre en avant sa culture générale, avoir voyagé, avoir un réseau et savoir retranscrire tout ça.

Mais, à 17 ans, on ne sait pas faire ça. A 17 ans, on pense que 16 de moyenne générale, c’est bien suffisant pour franchir le cap. On n’écoute personne et surtout pas maman qui stresse. A 17 ans, on s’y prend au dernier moment, on ricane quand les parents parlent de bilan d’orientation et de toutes les structures mises en place au lycée. On lève les yeux au ciel, on refuse de noter plusieurs vœux.

A 17 ans, on ne se doute pas qu’il existe des filières en tension, que le choix se fera sur un détail, un petit plus ou un cv bâclé.

C’est un dialogue de sourds. Les parents ne parlent que de ça, du matin au soir. Les ados, le nez sur leur écran, disent – T’inquiète, je gère, j’ai de bonnes notes.

Au final, on sait très bien que les lettres de motivation et les cv seront rédigés par des adultes. Sinon, un nouveau marché est là pour rassurer les parents. Les entreprises privées, spécialisées dans l’orientation, font les yeux doux à ceux qui peuvent payer le prix fort.

Et on peut se poser la question :

Qui va lire ces dossiers ?

Le système a été mis en place à la va-vite. Les enseignants découvrent les procédures en même temps que les élèves. Comment va se faire le tri ? Avec un algorithme ?

Cette année, j’ai relu quelques lettres, apporté quelques corrections,  j’ai vu des parents au bord de la crise de nerf, des gosses nonchalants.

Et, comme Mathilde, je peux affirmer :

Parcoursup, c’est pas gagné !

 

Photo à la une : Designed by Freepik

 

21 Commentaires

  1. 77zéro884

    Dans cette affaire,à l’évidence,le ministère macronien ne raconte que des craques et prend les futurs étudiants pour des gogos !C’est le grand n’importe quoi !

    Réponse
  2. Pimp

    En plein dedans avec mon Cesar, mais il est dans un lycée à dimension familiale et super bien entouré et conseillé donc c’est parti pour un BTS en alternance l’année prochaine et puis c’est mon 3 eme donc on commence à être bien rodé !
    Bon courage pour Mathilde

    Réponse
    • Jo

      C’est génial, s’il est bien entouré et conseillé. Et il sait ce qu’il veut faire. C’est plus compliqué quand un élève de terminale reste évasif sur son avenir et qu’il ne travaille pas assez pour avoir de bonnes notes et surtout de bonnes appréciations des profs.

      Réponse
    • Jo

      Courage, un petit xanax ?

      Réponse
  3. nadine jai 50 ans et apres

    Je plaint les parents de ceux et celles qui passent le Bac cette année, ils vont essuyer les platres de la nouvelle formule ! Courage à eux.

    Réponse
    • Jo

      Dans les grandes entreprises, quand on met un nouveau programme informatique en place, ça prend des années. Il faut évaluer les besoins, tester, re-tester, améliorer, re-tester et enfin, un jour appuyer sur un bouton pour transférer les données.
      Dans l’éducation nationale, on a l’impression que le logiciel a été créé à Noël, que les enseignants ne connaissent pas le mode d’emploi et surtout qu’ils n’auront pas le temps de tout faire. Aberrant !

      Réponse
  4. Mireille

    Oh la la oui quel parcours l’orientation et les études. Les miens sont passés par APB et ce n’était pas mieux. Je pense surtout, qu’à moins d’avoir une vraie passion, il est difficile de savoir ce que l’on a envie de faire et de s’orienter. Parlons métiers aux jeunes et non pas filières !

    Réponse
    • Jo

      Je suis d’accord, APB c’était la galère. Comme quoi, ils n’ont tiré aucune leçon de ce fiasco et recommencent avec cette usine à gaz.

      Réponse
  5. matchingpoints

    Pas évident de choisir quand on ne sait pas encore ce que l’on veut faire… Non, ce n’est pas gagné, et cela commence dès petit vu la citation de votre petite fille !

    Réponse
    • Jo

      Heureusement, Mathilde n’a pas encore de vœux à faire : le lundi, elle veut être chanteuse, le mardi vétérinaire et le dimanche danseuse.

      Réponse
  6. Janachète

    Je trouve ce système de pire en pire surtout quand on voit comment nos jeunes ont choisi une voie à 17 ans et aujourd’hui font un virage à 180° car soit il n’y a aucun débouché soit ça ne leur plait pas vraiment.
    Pour moi ce choix d’orientation est mal foutu et si en plus ils en rajoutent c’est pas gagné comme dit Mathilde !
    Bonne journée Jo.
    Bises !

    Réponse
    • Jo

      Ce qui pose problème, c’est souvent la nonchalance de ces jeunes en terminale face à des parents et des profs qui veulent absolument qu’ils trouvent leur voie cette année.
      Alors, un petit xanax pour passer cette étape et un Lexomyl le jour des résultats, en cas de déception. Il ne reste que ça ou alors respirer un bon coup et s’en remettre à la chance.
      Bonnes vacances, ma belle.

      Réponse
  7. Daphné @ be frenchie

    Oh la la oui, c’est rock’n’roll cette année pour nos bacheliers – d’autant qu’ils sont une flopée nés en 2000 à passer le bac.

    Ce qui m’épate, c’est que mon grand, est le seul élève de sa classe a ne pas avoir rempli ses vœux parcoursup ( pourtant il est un des plus brillants, allez j’ose ) – il a prévu une année de césure. Et devant ce choix atypique, ses profs ont déjà plusieurs fois noté en gros : super élève, déterminé, qui sait exactement ce qu’il veut et s’en donne les moyens. Comme quoi ! 🙂

    Réponse
    • Jo

      C’est super, un élève brillant qui sait ce qu’il veut et qui s’en donne les moyens. Je suis certaine que ses parents y sont pour beaucoup. Par les voyages, les expériences, il a une ouverture d’esprit que beaucoup n’ont pas.
      Si je prends les exemples des élèves vus à Brive, ils sont coincés. Ils ont des rêves mais souvent, leurs notes trop faibles, seront un frein et surtout, les parents ont la calculette à la main.
      A Brive, nous n’avons pas grand chose après le bac, il faut aller sur Toulouse et Bordeaux. Les parents comptent : les frais scolaires, le logement, le transport.
      Ce ne sont pas seulement les vœux qui stressent tout le monde, c’est aussi le coût d’une année d’études et je trouve que les parents font trop peser cette dernière dans la balance.
      Mais, nous aussi, nous avons raisonné comme ça, il y a 10 ans, sans se rendre compte que c’est difficile pour l’élève.

      Réponse
  8. La Baladine

    Pour ma fille c’était encore l’inénarrable APB, et pour certaines écoles (publiques) il fallait déjà pondre une lettre de motivation. Je lui ai conseillé de faire quelque chose d’aussi personnel et original que possible… ce qu’elle n’a pas manqué de faire. Bingo, elle était prise partout!
    Et puis en cours de première année, elle s’est aperçue que le parcours qu’elle croyait fait pour elle ne l’était pas. Elle a opté pour une autre voie, passé un concours, avec succès. Elle s’y plait et cravache avec bonheur, ce qui ne l’empêche pas de se chercher une voie parallèle… Bref, elle a 20 ans, la conscience d’un éventail largement ouvert, pas de pression de la part de papa maman (on n’a jamais été accros aux notes), et la vie devant elle!
    Mais je sais parfaitement que ma décontraction vis-à-vis de tout ce système fait beaucoup grincer autour de moi…
    😉

    Réponse
    • Jo

      Nous aussi, nous étions assez décontractés pour les choix l’année du bac. Mais nous avions quand même la calculette à la main, parce que l’enjeu financier est important.
      Ont-elles fait le bon choix ? Je ne sais pas. Elles ont, comme beaucoup, un travail sympa parfois et d’autres fois, elles ont envie de tout envoyer valser. Comme tout le monde, je crois.

      Réponse
  9. Solange

    Je suis bien placée pour savoir que ça fait grincer des dents? A voir ce que ça va donner?
    Bonne semaine,
    bises

    Réponse
    • Jo

      Mais tu sais, on doit faire des choix à tout âge. Moi, je suis en train de batailler pour avoir une formation. A 57 ans, je dois prouver ma motivation pour avoir un financement. ça ne finit jamais !

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.