Rêver de tout plaquer pour ouvrir une boutique

On a dit que le e-commerce avait tué les petites boutiques, qu’il était tellement simple d’acheter, d’un clic, de chez soi, à n’importe quelle heure. C’était sans compter sur notre besoin de contact avec les autres, avec les objets.

On ne veut plus promener notre chariot pendant des heures dans un supermarché. On refuse également les grandes enseignes, déshumanisées, épurées et les vendeuses agressives.

On rêve de boutiques, d’émotions, de surprises … Elles arrivent !

Elles sont implantées dans les grandes villes, au cœur des beaux quartiers. On a repensé le concept, l’identité. Ce sont des adresses d’exception, visant une clientèle aisée. Les produits sont chers mais tellement bien mis en valeur.

Inès  de la Fressange a inauguré, en 2015, à Paris, une boutique de ce genre, dans une ancienne fonderie. Sarah Lavoine vient d’ouvrir un Concept Store, sur la place des Victoires. 400 m2 de bazar chic, mis en scène comme à la maison. On a envie d’acheter ce coussin pour sa matière, cette nappe pour sa couleur, ces fleurs pour leur originalité. Tout à l’air en vrac mais c’est un désordre chaleureux.

Coup de génie, le Coffee Shop avec l’incontournable Granola bio.

Pas folle, Sarah, elle projette d’ouvrir d’autres boutiques à Londres et Milan.

C’est tentant. Quand on ne peut plus supporter son chef, ses collègues, la pression, les objectifs, on se dit :

  • Et si j’ouvrais une petite boutique !

Oui, une petite boutique qui correspond à mon univers, un lieu agréable, accueillant, une atmosphère unique, du raffiné, du vintage, du basique. De temps en temps, je partirai à Madagascar ou au Maroc pour dénicher ces coffres, ces tapis authentiques réalisés avec amour par des artisans …

Mais une boutique c’est aussi un loyer exorbitant, des charges, une gestion de stock, des heures de présence pour tout mettre en place, pour expliquer la provenance de ce joli tapis berbère, de cet imprimé exclusif, de cette lampe dessinée par un jeune designer.

Quand on est novice, sans le sou et sans un solide carnet d’adresses, le risque est grand de fermer six mois plus tard avec dettes et désillusions.

  • ton réseau, c’était 80 personnes qui sont venues deux fois, sans rien acheter ou si peu.
  • Tu as fait des ventes correctes en décembre et pour la fête des mères. Les autres mois, les clientes avaient d’autres priorités que de craquer pour tes babioles.
  • A propos des jolis paniers qui font ta fierté, les clientes chuchotaient  : – Il y a presque les mêmes chez Gifi, à 16 euros. Là, elle nous enfume !

Et toi, tu rêvais simplement de vendre des objets, mais aussi leur histoire, leur fabrication … Les clients n’ont rien compris.

Tu n’as pas la notoriété d’Inès ou de Sarah. Leurs boutiques sont nées grâce à des investisseurs qui ont misé sur leur nom. C’est une stratégie pour prolonger le parcours client. Dans le jargon marketing, on appelle ça être multicanal, présent sur plusieurs fronts. Ces groupes financiers veulent nous séduire, nous surprendre, nous faire acheter en ligne ou en ‘vrai’, pour faire toujours plus de profits.

On veut nous faire croire que la petite boutique va revenir, c’est faux. Seuls les grandes marques et les noms solidement implantés peuvent décliner le concept.

Si on rêve de changer de vie, il faut prendre une autre direction.

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30 Commentaires

  1. chiffonsandco

    t’as le chic pour faire de la peine aux gens, toi : moi qui rêvais d’ouvrir un concept store dans ma petite ville !

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    • Jo

      Il faut avoir des rêves, moi j’en ai des tas (qui ne se réaliseront jamais)
      Avant d’ouvrir un concept store, fais un site avec tes objets coup de cœur, tu économiseras au moins un loyer exorbitant et tu élargiras la possibilité de clientèle. A mon avis, pour ouvrir une boutique, il faut avoir fait un héritage ou gagné au loto et prendre ça comme un loisir.

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    • Jo

      Loin de moi l’idée de casser l’ambiance, mais pour écouter cette sublime chanson, j’ai eu une pub au départ et un bandeau publicitaire pour des soldes de running pendant la chanson. Voulzy a bien raison, même les rêves, on les empêche.
      Merci quand même car cette chanson est apaisante, parfaite pour le week-end.

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      • La baladine

        Désolée pour la pub. Tu n’as pas Adblock Plus? C’est gratuit et ça permet de naviguer plus sereinement !

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        • Jo

          OK Je vais l’installer. Merci

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  2. Matchingpoints

    Nous regrettons beaucoup les petites boutiques multimarques, la patronne ou le patron y mettait sa personnalité et on arrivait à composer ses tenues. Maintenant c’est soit par Internet, soit dans les chaînes. Et ce ne sont que quelques privilégiés qui peuvent se permettre d’ouvrir leur magasin,. Pareil pour la deco. C’est dommage…

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    • Jo

      J’ai connu le magasin de vêtements tenu par les parents, puis par les enfants. C’était un petit ‘événement’ d’y aller, pour la rentrée, pour choisir un manteau, pour un mariage. Les murs étaient payés depuis longtemps (pas de loyer), la clientèle revenait, comme une évidence.
      Je suis revenue dans cette rue, il y a quelques jours. Plus de boutiques de vêtements, des opticiens et des assureurs, à la place … Le commerce n’était plus viable, les clients avaient envie d’autre chose. Dommage, comme vous dites.

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  3. Sophie

    Bonjour Jo,
    J’ai eu des parents commerçants et je peux te dire que cela m’a vaccinée pour ma vie entière. Oui, cela fait rever d’être indépendant, de vouloir monter sa boutique comme on en rêve, mais souvent on ne voit que le positif des choses. Monter une entreprise c’est passer son temps familial, personnel à cela, j’ai toujours pensé que le magasin de mes parents était leur premier enfant. Même quand cela fonctionne, on est toujours sur la brêche à s’inquieter pour que cela dure. Et c’est vrai de nos jours, les clients sont bien plus volages,il y a tant de tentations partout. Moi aussi parfois, j’ai un coup de coeur pour une boutique du coin qui a son âme, mais je vais y aller une fois, deux fois,mais je ne sais pas être fidèle, les sirènes de mon compte en banque choisissent souvent le moins cher.

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    • Jo

      C’est vrai, certains pensent qu’être commerçant c’est être libre. Pas du tout, on a encore plus de contraintes qu’en étant employé. Il y a le banquier qui fronce vite les sourcils, le comptable qui analyse les chiffres et dit souvent – Il faut augmenter la marge, augmenter le chiffre. Il y a ce système incompréhensible et opaque du RSI. Bref, moi non plus, ça ne me fait pas rêver.
      Je me reconnais bien dans ton commentaire. On a un coup de cœur, on se dit qu’on va y revenir, c’est sûr. Et on ne tient pas ses promesses. Bon week-end.

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  4. julinutile

    J’ai deja travailler avec des personne qui se sont lancé les commerçants que je fréquente on quasiment tous changé de vie et on réussit ( je ne dis pas que c’est le cas de tous). Bien sur c’est difficile il faut être en forme physique et morale avoir du soutient autour de nous, il faut être prêts a travailler tout les weekend et jour férié ne pas compter sur ses vacances etc mais moi je crois que si l’on est commerçant dans l’âme qu’on aime nos produits et nos clients alors ça marchera. J’en suis même persuader. C’est aussi mon rêve de monter on entreprise et je reste persuader qu’avec l’envie et du courage ca le fera.

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    • Jo

      Merci d’avoir pris le temps de laisser un commentaire. Je suis certaine qu’il y a, en effet, des commerçants dans l’âme, qui sont prêts à faire des heures, à avoir le sourire avec les clients et à innover, inventer, changer de cap s’il le faut. Mais il ne faut pas ouvrir une boutique quand on est démoralisé par son travail ou la pression. Il ne faut pas se prendre pour Sarah Lavoine en pensant que les clients vont venir, qu’ils seront sympas et que la vie sera géniale. Ouvrir une boutique, ça se pense longtemps à l’avance, il faut trouver l’emplacement idéal et les bons produits à vendre. Mais de toute façon, beaucoup ne vont pas au bout de leurs rêves car le banquier dit ‘stop’. J’espère que ce projet d’entreprise se fera pour toi.

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  5. christine thomas

    Bonsoir Jo et les autres, oui, se lancer n’est pas une mince affaire. Et même si petite soit-elle, il faut prévoir une trésorerie de secours, sinon…Mais, se lancer, quel défi, on se défie soi-même et vis à vis des autres. Et c’est là l’erreur, il ne faut que cela soit un défi pour les autres, il faut le faire pour soi. La société actuelle n’aide pas vraiment ce genre de défi ou alors il faut être connu, ou fils ou fille de quelqu’un, vous m’avez bien compris. Est ce que cela signifie que nous sommes contraints à nous contenter de ce que l’on a et à voir la mort de nos petits commerçants, nos artisans au profit des grands groupes qui ne font que nous engraisser par des produits importés de où vous savez et qui ne dure pas longtemps pour que l’on en rachète aussitôt, puisque l’on se dit, « ben c’est normal ça vient de … » Alors que si l’on achetait aux p’tits commerçants français ou artisans du coin, certes le prix est un peu plus plus cher mais durera plus longtemps.
    Restons avec nos rêves sans regrets et sans amertume et donnons nos sous à ceux qui le méritent. Bonne soirée.

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    • Jo

      Belle conclusion – donnons nos sous à ceux qui le méritent. Achetons local et de meilleure qualité, on s’y retrouvera pour la durée de vie du produit.
      Se lancer, bien sûr, il faut le faire pour soi mais souvent, c’est une idée qui vient quand on se sent mal dans son travail, quand on rêve de changer de vie. On ne supporte plus sa condition dans un bureau et on pense qu’en étant autonome tout ira mieux. Le danger, c’est que c’est un plan B qui devient la solution de secours.
      Pour changer de vie, je crois qu’il ne faut pas attendre d’être au bout du rouleau. Pour avoir toute sa lucidité, ce doit être une véritable envie, un rêve qui nous titille depuis longtemps et il faut le mettre en place quand on est en pleine forme, avec une petite cagnotte de secours … Au cas où.

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  6. Visiteuse

    Comme vous le dites si justement, comment voulez-vous lutter si on n’est pas soi même une marque ?
    Mais pas que, ces « influenceuses » implantent leurs stores, corners et autres boutiques dans des capitales à forte densité de snobisme.

    Pour les autres acteurs économiques c’est à une autre échelle que le commerce se joue.
    Voyez :
    « On n’est pas simplement en train d’essayer de passer du commerce physique au commerce en ligne. On travaille à créer les infrastructures essentielles, digitales et matérielles, pour le commerce du futur, qui incluent les places de marché, la logistique, le cloud computing, les big data et un tas d’autres domaines. »

    C’est Jack Ma, le fondateur du géant du e-commerce chinois Alibaba, dans une lettre à ses actionnaires

    + en bon résumé :

    « Il s’agit désormais d’être le meilleur, le moins cher, le plus rapide et le plus facile à utiliser. Les clients se sont habitués à ce niveau de service. On est à une époque où il n’a jamais été aussi facile d’être un client et aussi difficile d’être une entreprise. »
    C’est Baron Concors, le Chief Digital Officer de Pizza Hut

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    • Jo

      C’est vrai, il ne suffit plus d’attendre le client, tranquillement, dans son magasin. Il faut l’inciter à venir, lui prouver que ce que l’on vend lui est indispensable et … le plus difficile, le fidéliser. Vaste programme !

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  7. Janachète

    Tu as parfaitement raison .
    Les petits commerces de proximité qui ont tenté d’ouvrir ne serait ce que dans mon village ont refermé quelques mois plus tard .Même dans les petites villes touristiques il est très difficile de faire son trou !
    Les grandes enseignes sont bien implantées on aura du mal a faire du recul .
    Bref c’est mon avis aussi. ..
    Bon we Jo .
    Bises !

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    • Jo

      A Brive, seules les grandes enseignes restent. Pourtant, c’est sympa une petite boutique. Mais moi la première, je ne suis pas fidèle.
      Personne n’a la recette miracle. Ouvrir une petite boutique, c’est une galère. Je ne le conseille à personne. Bon week-end. Bises

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  8. maman est occupée

    Je me souviens qu’il y a quelques années je rêvais d’ouvrir une boutique de fringues pour enfant, type franchise. J’en avais parlé à l’époque à une connaissance, qui tenait un cabinet de recrutement, et sa réponse m’avait vraiment déçue : elle m’avait dit de m’abstenir à tout prix, que la réussite était très aléatoire. Cela m’avait fait de la peine sur le coup, depuis, j’ai abandonné l’idée.

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    • Jo

      Je crois que tu as bien fait. Moi aussi, j’ai eu ce rêve, il y a longtemps mais quand on pose les chiffres, on se rend compte que ce n’est pas rentable.
      Ce sont surtout les loyers qui sont très chers et le prix du parking qui dégoute les clients. Bien sûr, Inès et Sarah, à leur niveau de notoriété, n’ont pas ce problème. Mais j’imagine que dans leur parcours, elles ont eu aussi leur part de problèmes. La réussite, c’est du travail et un peu de chance.

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    • Jo

      Je crois qu’il faut rester sage et le laisser à l’état de rêve. Bon week-end à toi.

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  9. Daphné @ Be Frenchie

    Et tu aurais pu décliner pratiquement le même article pour l’ouverture d’un restaurant. On ne réalise pas toujours le nombre d’heures de travail qui se cachent derrière de tels projets, et parfois la désillusion au bout du chemin. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui osent se lancer pour proposer des concepts différents.

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    • Jo

      Je ne sais pas s’il faut avoir de l’admiration pour ceux qui osent se lancer. J’ai peur que ce soit de l’inconscience.
      Par contre, on peut admirer quelqu’un qui réussit à fidéliser une clientèle et à avoir un salaire. Celui ci mérite une médaille.
      Il y a quelques concepts qui fonctionnent mais c’est surtout autour du vin ou de l’alimentation.
      Je plains ceux qui vendent des vêtements, des sacs, des chaussures. Comment se démarquer, il y a tellement de choix sur internet.

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      • Visiteuse

        Certes il y a du choix, à tous les prix mais au prix d’un grand standard, car tout est copié, dupliqué et c’est l’uniformité qui prime car rien d’original et de qualité ne ressort de ce grand marché mondialisé et légal de la « contrefaçon ».
        Le paradoxe et voilà pourquoi le monde est en mutation et non en crise c’est le grand écart entre la consommation levier de croissance et le consumérisme soit disant raisonné et local.
        L’économie de partage n’est pas apparue par hasard non plus.

        Les consommateurs ne veulent plus il me semble être de simples machines à acheter, accumuler ; la publicité n’exerce plus cette attirance subliminale comme le moustique est attiré par notre peau.
        La conscience de l’individu croît et aspire à retrouver du sens et ne plus être une simple variable d’ajustement.
        C’est précisément cela qui se joue de manière incontrôlable pour l’Etat ogre. Le système est en fin de vie c’est pourquoi le mensonge d’état va crescendo.

        Ceci dit, il restera je pense des boutiques physiques mais avec d’autres produits hors production de masse .

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        • Jo

          Il y a une autre façon de consommer qui se développe, c’est l’achat d’occasion. On a maintenant le réflexe ‘Bon coin’ ou ‘vide-grenier’ quand on veut acheter un petit bureau ou une lampe. Le petit magasin qui ne fait pas l’effort d’avoir un site, de faire des opérations commerciales, va vite disparaître.

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  10. Solange

    CC Jo,
    Tu n’as pas tort mais je pense quand m^me que l’artisanat renait et reprends du poil de la bête ce qui est bien c’est de l’associer à un site internet mais il faut quand m^me un peu de trésorerie derrière car c’est souvent long à démarrer et le chiffre d’affaire est très irrégulier comme tu le dis selon les mois de l’année?
    Bon courage à celles qui envisage de se lancer dans l’aventure,
    Bonne journée,
    bisous

    Réponse
    • Jo

      Je suis bien d’accord pour aider à relancer l’artisanat. C’est un plaisir de manger des produits du coin. Mais moi, comme d’autres, nous ne sommes pas fidèles. On se lasse, on trouve mieux. Pourtant, le vendeur a besoin de fidéliser le client pour payer son loyer et ses charges. Alors, je n’ai pas de solution. Bises

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  11. Pimprenelle

    C’est aussi un doux rêve que j’ai ! Un jour peut être mais Il faut avoir les reins solides pour se lancer !
    Bonne journee Jo

    Réponse
    • Jo

      Je crois que c’est le rêve de beaucoup de gens. Tout plaquer, ne dépendre de personne. Sauf que, comme tu dis, il faut avoir les reins solides, du temps, des fournisseurs sérieux, des clients fidèles … Bref, à mon avis, on ne peut pas en vivre. Bon week end.

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