Changement de formule du Levothyrox.

 

Je voulais revenir sur une information passée un peu inaperçue dans les médias : la procédure collective contre le laboratoire Merck, dans l’affaire du Levothyrox.

Lundi 3 décembre, au tribunal d’instance de Lyon, plus de 4 000 plaignants ont fait entendre leur voix pour attirer l’attention sur ce changement de formule qui a bouleversé leur vie.

Le Levothyrox, c’est un petit comprimé pris par les personnes ayant subi une ablation de la glande thyroïde ou qui doivent corriger une hypo ou une hyperthyroïdie.  Bien entendu, c’est un traitement à vie, dosé pour chaque patient et parfois difficile à stabiliser.

En mars 2017, le laboratoire a modifié la formule de ce médicament. Le changement ne concernait pas la molécule, seulement les excipients (le lactose a été remplacé par du mannitol et ils ont ajouté de l’acide citrique)

Rien de bien méchant, à priori. Sauf que :

 Le laboratoire Merck a informé les professionnels de santé par un simple courrier, en février 2017.

Courrier sans doute passé inaperçu car ni mon médecin, ni le pharmacien n’ont fait leur travail d’information sur le sujet.

En mai 2017, je me sentais de plus en plus fatiguée et j’avais des maux de tête permanents. Bien entendu, j’ai eu un dérèglement thyroïdien, des variations dans les analyses.

Là encore, personne n’a fait le lien avec cette nouvelle formule du médicament.

Les dosages du Levothyrox ont été modifiés. Peine perdue, la fatigue était toujours là, les maux de tête également.

J’ai demandé plusieurs avis. Je n’avais aucune réponse à mes questions. Fatiguée, démoralisée, j’avais l’impression qu’on me cachait quelque chose de grave.

En Août 2017, Anny Duperey a parlé, dans les médias, de cette nouvelle formule du Levothyrox, d’effets secondaires invalidants. En allant sur les forums, j’ai lu tous ces témoignages de souffrances : fatigue, douleurs articulaires, vertiges, désordres digestifs, maux de tête …

Je pouvais enfin expliquer cette fatigue  mais un autre problème m’attendait.

Le laboratoire Merck avait le monopole en France, pour ce produit. Nous n’avions pas d’autre médicament dans les pharmacies.

Je pouvais récupérer l’ancienne formule à l’étranger ou attendre l’arrivée, en France, des comprimés d’autres laboratoires.

J’ai patienté jusqu’en novembre. Mon endocrinologue m’a conseillé la formule de Sanofi. Deux mois plus tard, je n’avais plus aucun symptôme et mes analyses redevenaient normales.

Je me suis posée beaucoup de questions :

  • Comment obtenir du laboratoire Merck la réparation de ce préjudice ? (six mois de fatigue intense et de maux de tête)
  • Pourquoi le laboratoire n’a-t-il pas respecté l’obligation d’information des patients ?
  • Pourquoi les médecins ont-ils minimisé nos problèmes, en disant qu’Anny Duperey voulait simplement un éclairage médiatique ?
  • Pourquoi le laboratoire a-t-il rayé le lactose de la formule ? Peut être pour conquérir le marché asiatique (80 % des asiatiques sont intolérants au lactose).
  • Qu’ont fait l’Agence du médicament et la ministre Madame Buzyn, dans cette affaire ?

Plus de 4 000 dossiers de plaintes !  Je pense qu’on est loin du compte.

L’information n’était pas accessible. Il fallait ‘fouiller’ sur internet pour trouver comment déposer plainte. Le dossier n’était pas simple à monter.

Et surtout, les médecins ont refusé de nous aider. Dans mon cas, aucun n’a voulu prendre le risque de faire une attestation. Ils minimisaient mes symptômes, me disaient de me méfier de cet effet médiatique. Bref, c’était beaucoup de bruit pour rien, selon eux. 

En tout cas, j’ai choisi la procédure civile d’indemnisation. L’action collective menée par Maître Léguevaques me semble sérieuse. Il demande la reconnaissance des patients comme victimes avec une indemnisation forfaitaire.

Le 3 décembre, les avocats du laboratoire Merck n’ont pas eu un mot de compassion pour les victimes. Ils estiment avoir fait leur travail d’information du changement de formule, par la lettre adressée aux médecins.

Pas de gestion de crise de leur part, simplement le silence et le mépris.

L’affaire a été mise en délibéré. Le tribunal rendra sa décision le 5 mars 2019

Photo à la une : Designed by Topntp26

14 Commentaires

  1. Cusset

    Bonjour je suis dans le même qu’à . Est j ai changé avec l thyroxin qui est beaucoup mieux . Par contre aucune nouvelle de ma plainte faite à la police qui a été envoyé au tribunal de marseille. Est ce que quelle q’un a déposé plainte est a eu des nouvelle? Je comprend pas sur les 4 mille dossier je sais même pas si le miens est dedans.Merci de votre réponse

    Réponse
    • Jo

      Dans mon cas, la plainte n’a pas été faite à la police. C’est une procédure collective avec un avocat, Me Christophe Lèguevaques de Toulouse. Je ne savais pas du tout comment faire pour faire une procédure et je n’avais pas envie de le faire à titre individuel. Je l’ai trouvé un peu par hasard, en cherchant sur internet.
      Ce cabinet parait sérieux et j’ai été guidée pour préparer mon dossier.

      Réponse
  2. Solange

    Oui c’est vraiment terrible toutes ces personnes qui souffrent et ces laboratoires qui se sucre pas mal je trouve!
    J’espère qu’une solution sera trouvé car la santé ne devait pas être monnayée!
    Belle soirée Jo

    Réponse
    • Jo

      Dans cette histoire, c’est une période de 6 mois de galère pour moi, pour d’autres ce sont des années de souffrances et surtout un sentiment d’impuissance face à ces labos.

      Réponse
  3. Sissi

    Je considère pour ma part que les pharmaciens ont une responsabilité plus grande que les médecins dans ce genre d’affaires sachant que certes ils ne prescrivent pas mais ils connaissent les médicaments, les molécules qui les composent, leurs effets… C’est le cœur de leur métier. Ils passent d’ailleurs leur temps à nous expliquer que seuls eux sont capables de vendre les médicaments car ils savent ce qu’ils vendent et ont un rôle de conseil. Où est leur expertise lorsqu’ils acceptent de (continuer à) commercialiser des médicaments qui posent problème. Le rôle du médecin est de diagnostiquer et de prescrire ce qui convient parmi l’arsenal thérapeutique à sa disposition mais il ne peut que s’en remettre à l’expertise de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé). Les pharmaciens peuvent eux au travers de leur ordre émettre des avis mais sans aucun intérêt commercial… Finalement ce sont toujours les médecins qui sont jugés coupables même s’ils ont bien fait leur job qui consiste à faire un bon diagnostic, ce qui est très difficile quand on sait qu’un même symptôme peut correspondre à de multiples maladies.
    En tous les cas, tu as raison de porter plainte Jo et tu as tout mon soutien. Et j’espère que le laboratoire et l’ANSM répondront de leur responsabilité. Il y a peut-être encore une histoire de conflit d’intérêt derrière tout cela, ce ne serait pas la première fois hélas.

    Réponse
    • Jo

      C’est vrai, il y a peut-être un conflit d’intérêt. C’est bizarre le monopole du laboratoire Merck pour ce médicament et le silence de l’ANSM !
      Je trouve que les pharmaciens ont oublié leur métier, ils deviennent des ‘épiciers’ avec les produits à forte marge sous notre nez.
      Dans l’affaire du Levothyrox, on peut imaginer que ce courrier envoyé par Merck pour signaler le changement de formule est passé complètement inaperçu.
      De plus, pas de quoi s’alarmer pour une modif basique de 2 excipients. Sauf que … beaucoup de personnes ont eu des effets secondaires.
      J’ai porté plainte, je pense que le labo va gagner, comme d’habitude mais il faut mettre ces erreurs en lumière.
      Dans mon cas, c’est par les médias que j’ai appris d’où venait le problème. C’est un comble, quand même !

      Réponse
  4. La Baladine

    Je connais bien, via mon homme, les tâtonnements de la médecine, qui égarent parfois des patients, ou les laissent chercher seuls des solutions difficiles à ne serait-ce qu’entrevoir. C’est une bataille permanente. Mais la vie est là. Il faut vivre. Je t’envoie du courage (même si je sais que tu n’en manques pas). Bises solidaires

    Réponse
    • Jo

      Le courage, je prends … ça peut toujours servir.
      Je ne fais pas partie des personnes qui arrivent chez le médecin avec un diagnostic venant de Doctissimo ou de forums. Je respecte les avis des médecins, mais là, leur façon de minimiser la chose et de me faire entrevoir que cette fatigue, c’était peut-être, comment dire … une illusion, je ne l’accepte pas. La fatigue et les maux de tête étaient réels, j’ai porté plainte pour les en convaincre, même si c’est peine perdue.

      Réponse
  5. Bouchine

    Je suis tout simplement scandalisée !
    Ceci dit les labos nous ont habitués au manque d’empathie envers les victimes de leurs « erreurs »…

    Réponse
    • Jo

      Les labos sont les rois et les médecins vont toujours dans leur sens. Je sais bien qu’ils nous sauvent la vie avec les molécules mises sur le marché.
      Je sais que la notion de profit est bien trop présente dans leurs démarches. Et on voit, tous les jours, qu’ils sont puissants, ne reconnaissent jamais leurs erreurs et ne sont jamais pénalisés.
      Tous les gens qui ont porté plainte ne l’ont pas fait dans l’espoir d’avoir un pactole, juste pour reconnaître leurs souffrances.

      Réponse
  6. Janachète

    Les médecins ne connaissent les effets secondaires souvent qu’après ce qui ne les disculpent pas .
    Mais effectivement chacun a sa part de responsabilité comme disent les Matchingpoints.
    Et si ce n’était que pour ce médicament précis. ….

    Réponse
    • Jo

      Je peux comprendre que mon médecin ne comprenait pas pourquoi j’étais fatiguée. Lui, il voyait une dépression, le grand vide après le départ des enfants, le truc improbable chez moi ! Du coup, j’ai demandé d’autres avis, sans la moindre réponse concrète.
      En lui apportant la solution sur un plateau (tous ces témoignages des mêmes symptômes que moi), le médecin et l’endocrino doutaient encore.
      Non, je n’ai pas rêvé, oui j’étais fatiguée et j’avais des maux de tête.
      Tout cela a disparu en changeant de médicament et on me dit encore qu’il n’y a peut-être pas de relation ! C’est difficile à digérer.

      Réponse
  7. matchingpoints

    Il y a eu apparemment beaucoup de responsables, responsables mais pas coupables …

    Réponse
    • Jo

      C’est ça, les labos ne sont jamais condamnés. Cette toute puissance, leur richesse et leur arrogance passe mal.
      Il faut aussi reconnaître que sans eux, nous arriverions à peine à 60 ans, sans doute.

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *