Du tintamarre au silence.

 

La semaine dernière, en terrasse, au Lioran, les bruits environnants étaient identiques à ceux entendus à la plage.  On retrouvait  les sons familiers des vacances, avec les cris d’enfants (et même l’odeur de la crème solaire).

Nous avons quitté la station pour faire un peu de tourisme, laissant nos maris faire du ski.

Nous avons traversé des villages sans neige, sans vie, sans aucune vibration. Dans ce silence un peu mystique, nous étions mal à l’aise. Tous les commerces étaient fermés, de nombreuses maisons étaient en vente. Nous n’avons pas trouvé un bar ouvert pour prendre un café.

Nos téléphones étaient muets. A la radio, on captait à peine France Culture ; on devinait une émission sur les lettres persanes.

Nous étions confrontés au silence. Dans notre société, saturée de sons, surconnectée, le silence n’a plus de sens, il nous angoisse, on ne sait pas l’apprivoiser. Dans le calme absolu, on a l’impression de ne plus exister, de n’être relié à rien.

Le lien, ce sont les mots, avant tout. Une personne silencieuse, ce n’est pas normal. On imagine qu’elle cache quelque chose, que c’est une forme de mépris (Comme ces maisons aux volets fermés qui refusent de se dévoiler). On a bien du mal à accepter un silence bienveillant.

Dans notre vie, c’est un tourbillon de bruits : la radio le matin, les sonneries intempestives du téléphone, le flux incessant des conversations au travail, un peu de musique et la télévision le soir. Je trouve du réconfort en écoutant une chanson, j’aime être informée de ce qui se passe dans le monde. J’ai peur du silence comme d’autres ont peur du noir. Pour moi, ce n’est pas un cocon sécurisant, c’est étouffant.

Mes seuls moments calmes se résument à la promenade du chien et au temps de sommeil.

Mathilde, à 6 ans, vit dans le vacarme, du matin au soir. Tous ces cris d’enfants dans la cour de l’école, à la cantine, c’est épuisant.

Les  pollutions sonores et lumineuses avancent , grignotent l’espace.

Certains bruits nous vrillent le cerveau.  Dans les bureaux collectifs, la frappe monotone des lettres sur un clavier, la sonnerie du téléphone, c’est usant.  Dans la rue, le bruit des voitures est source de stress.  Dans les magasins, les restaurants, les musiques d’ambiance nous accompagnent. Personnellement, je ne supporte pas le brouhaha des fêtes foraines, ça me tape sur les nerfs.

Certaines personnes sont atteintes de misophonie. C’est une haine du son, un trouble invalidant au quotidien. Cette hypersensibilité auditive est un véritable handicap , on ne peut pas vivre avec des boules Quiès.

Dans ce cas, on a envie d’acheter le silence. Un silence chic, branché,  pas celui des villages abandonnés !   le silence a un prix. Il est devenu si rare que c’est un luxe.

Il suffit de regarder le prix de l’immobilier  dans les endroits préservés du bruit.

Les entreprises du secteur du luxe cherchent également à améliorer la qualité du son et  à préserver le silence. On développe des systèmes anti-bruit dans les voitures, les avions, les appartements.

La société nous fait payer pour supprimer le bruit qu’elle génère. C’est absurde, mais on en redemande.

 

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14 Commentaires

  1. Valerie

    J’aime comme toi le calme et la ville ! J’ai La chance d’avoir une vieille maison très bien isolée et très calme à l’intérieur et dehors Le bruit du village , pas gênant et qui représente pour moi la vie ! Les 2 sont compatibles quand on a le choix de vivre avec à l’instant voulu comme moi ! Ce qui me gêne plus, ce sont les nuisances lumineuses qui empêchent de voir la nuit dans le noir complet afin de mieux regarder les étoiles ! Bravo pour ce post !
    J’ai adore
    Bizzz

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    • Jo

      Merci. Beaucoup de personnes sont comme nous, nous avons besoin à la fois du calme et de la ville, pour un lien social.

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  2. Janachète

    J’ai la chance d’habiter à la campagne donc au calme .
    Le vacarme me dérange aujourd’hui.
    Mais de temps en temps j’ai besoin de sortir de mon confort pour affronter la ville. Mais à petites doses .
    Merci pour tes articles qui donnent toujours à réfléchir.
    Bon dimanche Jo
    Bisous !

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    • Jo

      Nous aussi, nous sommes à la campagne. C’est un choix de mon mari qui adore rester des heures dans son jardin.
      Moi, je vivrais bien en ville, avec plein de bruit autour.
      D’ailleurs, quand nous partons en vacances, c’est toujours dans des endroits où il y a du monde. En vacances, j’aime bien lire un bouquin à la terrasse d’un café, observer les gens, faire une balade en pleine ville. Et je vais à Brive plusieurs fois par semaine.

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  3. La Baladine

    Je comprends ton malaise dans des villages en voie de désertification… Et je sais que la plupart des gens craignent le silence. Et souvent la solitude qui l’accompagne.
    J’avoue que ce n’est pas mon cas; sociable mais de tempérament solitaire, j’aime le silence. J’irai même jusqu’à dire que j’ai besoin de ma dose quotidienne. Je ne suis pas pour autant phobique du bruit, et je peux mettre de la musique pendant des heures, pour le plaisir. Par contre, là, tout de suite, au moment où je commente ton billet, je suis seule et dans le silence le plus complet, à l’abri même des bruits de la nature. Je me retrouve.
    Je peux être bavarde, mais je sais que quelqu’un avec qui je peux rester dans le silence en toute harmonie, c’est quelqu’un en qui je peux avoir une confiance absolue.
    En fait, pour moi, le silence est un peu synonyme de sérénité… Bises sereines 🙂

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    • Jo

      Nous sommes à la campagne et il n’y a pas beaucoup de bruit. A la maison, il y a toujours une radio ou une musique. Quand je suis seule, c’est un réflexe.
      Pour moi, le silence, c’est l’ennui. Les musiques me donnent le tempo pour mon humeur.
      Je comprends ce que tu veux dire, la confiance, l’harmonie en silence, à deux.
      Mais moi, je brise toujours le silence, il me met mal à l’aise et si je ne parle pas, mon mari va penser que quelque chose ne va pas.
      Bon dimanche

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  4. matchingpoints

    Le luxe de notre époque sont l’espace et le silence. Nous adorons la musique de tout genre, chez nous il y a souvent un fond sonore musical, mais nous le choisissons. Dans beaucoup de magasins et d’autres endroits, la musique est tellement forte que nous la subissons !

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    • Jo

      C’est vrai, c’est un luxe de pouvoir choisir le fond sonore qui nous accompagne. A la maison, je dois de temps en temps, subir les goûts musicaux de Mathilde. Une petite demi-heure et après, je la dirige vers un peu de classique, ludique, par petites touches, juste pour lui faire connaître. Parce que M Pokora, ça va un moment !

      Réponse
  5. christine thomas

    Alors là, Jo, je ne peux que commenter cet article sur le silence. Si, si le silence est bon pour nous, il apaise, il permet de se retrouver en soi, il te permet de t’écouter, c’est de cela dont vous (la société) avez peur, peur d’entendre ce que vous ressentez, peur de vous-mêmes. Je suis sourde et appareillée et j’aime le silence, le matin, c’est bon. J’ai quitté mon boulot car je ne supportais plus les bruits environnants et maintenant je suis dans un havre de paix. Quand je dois aller à Brive, j’ai hâte de rentrer, le bruit me fatigue. Au moins un avantage d’être sourde est lorsque j’enlève mes appareils, je suis bien, bien avec moi-même. Même si parfois quelques petits démons font surface et le silence aide dans ses moments là car tu dois communiquer avec tes démons et retrouver la paix intérieure. Vive le silence (pas tout le temps, je te rassure), prenez en soin. Bon week-end.

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    • Jo

      C’est vrai que tu es bien placée pour parler du silence. Tu dis aimer le silence mais pour aller vers les autres, pour pouvoir communiquer, il faut absolument trouver des techniques pour le rompre. En cas de handicap, il y a les appareils, le langage des signes ou lire sur les lèvres. Je crois que le silence pendant des jours ou des mois peut mener vers la folie.
      Personnellement, je n’aime pas le silence, je ne sais pas l’écouter, il me fait un peu peur. J’ai toujours une radio ou une musique quand je suis seule. Je devrais peut être le tester plus souvent pour voir si ça apaise.

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      • christine thomas

        Bonsoir Jo, il est vrai que lorsque l’on a pas l’habitude du silence, cela fait peur.
        Un proverbe hébreu : « La parole est d’argent mais le silence est d’or ». Voir le site : http://www.ledifice.net/3002-N.html « Le silence », article très intéressant.
        Pour apprendre la beauté du silence, il faut d’abord apprendre la liberté d’écouter.
        Et je vous invite, chères blogueuses à découvrir le livre « Le troisième oeil » de Lobsang Rampa pour mieux comprendre le silence entre autre.
        Ensuite, pour information, on ne dit plus « langage des signes » mais langue des signes française.
        Enfin, pour apprivoiser le silence, commence le matin, au levé de ton lit, pendant que tu te prépares, ne mets pas de musique, radio, tu verras ce que cela fait, commences doucement, ne serait-ce qu’un quart d’heure.
        Bonne soirée.

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        • Jo

          Je n’ai pas l’habitude du silence. Je le cherche seulement quand j’ai besoin de concentration, au travail ou pour une faire une chose précise.
          Je vais essayer un petit quart d’heure de silence, mais pas le matin. Je vais tester au moment de la pause déjeuner.
          Le matin, j’aime bien savoir ce qui se passe dans le monde.

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  6. monneron florence

    Bel article original qui change des articles quasi identiques d’un blog à l’autre(oui oui, moi aussi , je suis un mouton!!!!)
    bisous ma JO

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    • Jo

      Merci. Et félicitations, doublement … Pour ta chaîne Youtube et pour la bonne nouvelle. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ma fille. Les enfants ‘Poissons’ sont calmes et relativement faciles. En tout cas, plus que les Béliers (ma 2eme fille) qui était bien énervée et qui claquait les portes, à l’adolescence.
      Bises

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