Toussaint, recueillement ou corvée.

 

La semaine dernière, Toussaint oblige, le parking du cimetière affichait complet. En promenant mon chien, j’observais ces couples âgés qui avaient bien du mal à transporter les pots de chrysanthèmes jusqu’à la tombe familiale.

Cette fleur de cimetière a été choisie pour une raison simple : C’ est une des rares espèces qui est encore en fleur début Novembre. 

Depuis quelques années, les horticulteurs font un travail de haute précision. Ils peuvent programmer la croissance des chrysanthèmes sur ordinateur pour les faire fleurir pile à la Toussaint.

Cette année, comme tous les ans, nous avons accompagné nos parents au cimetière parce que, je le répète, les pots de chrysanthèmes sont trop lourds pour eux.

Sur les tombes, ce roi de la Toussaint parade.  Parfois arrogant, haut perché, avec sa grosse tête, il toise le petit rondouillard d’à côté.

On le pose sur le monument en marbre des riches familles ou sur les tombes qui s’effritent, là où les noms ne sont même plus discernables.

Les français fleurissent moins les tombes que par le passé. Les parents éloignés sont perdants dans cette affaire. Plus personne ne leur rend visite.

Début novembre, nos amis disaient – Cette semaine, je dois accompagner maman sur la tombe de ses parents. 

et aussi – Il faut partir à 8 heures du matin pour faire l’aller-retour dans la journée.

‘il faut’, ‘je dois’  On a l’impression que c’est une obligation, une corvée. 

Quelqu’un m’a dit  « Tu comprends, avant, on avait une heure de route mais tante Simone nous préparait un bon repas et tonton Pierre sortait la bouteille de calva. Maintenant, ils sont au cimetière, c’est plus pareil »

Dans cette histoire, on oublie complètement l’idée du recueillement.

Pour résumer, la Toussaint c’est le plus souvent un temps gris et un petit tour au cimetière.

De nos jours, la mort doit être discrète. Plus de tenues noires, plus de longues processions. On accompagne le défunt sans bruit, le plus souvent dans un cimetière refoulé à la périphérie de la ville.

Et que dire de la Méditerranée qui engloutit les délaissés, qui casse leur rêve d’une vie meilleure.

Par contre, on aime bien regarder les funérailles des stars. On en parle à la machine à café, chez le boulanger ou au club de gym.

Pour Johnny, impossible d’échapper à cet événement. Toute sa vie défilait sur les écrans. Michel Drucker et Jack Lang nous parlaient de cet homme admirable …  Le jour des funérailles, on remarquait les absents, les trop présents, ceux qui étaient trop près, trop loin. Et l’héritage, on en parle encore !

Le mois dernier, c’était au tour de Charles Aznavour de partir. Émotion des artistes,  Michel Drucker (encore lui)  expliquait qu’ils étaient voisins, Jack Lang faisait un monologue larmoyant.

On les aime, nos stars !

Pas autant que les américains qui n’hésitent pas à s’offrir le repos éternel avec leur idole. Depuis la mort de Michael Jackson, les emplacements situés près de sa tombe sont hors de prix … et trouvent preneurs.  Certains veulent être à côté de Marilyn ou de leur jazzman préféré.

Étrange idée ! mais au moins, ils verront passer du monde dans leur allée.

 

12 Commentaires

  1. chiffonsandco

    Chez nous, on est plutôt adepte de la crémation, alors les visites au cimetière….

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    • Jo

      Comme nous. Nous accompagnons nos parents au cimetière mais je crois que les générations suivantes n’y mettront plus les pieds.

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  2. La Baladine

    Je ne fréquente pas les cimetières, ils ne me font aucun effet, résultat sans doute de mon incroyance en un quelconque culte. Mes morts aimés sont en moi, j’y pense souvent, plutôt gaiement.
    En revanche j’aime ces moments de chaude humanité que sont les obsèques, retrouvailles familiales, amicales, embrassades secouées de larmes et de sourires, souvenirs convoqués avec tendresse, on mange, on boit, on rit, et la vie continue.
    Et je ne connais rien de mieux qu’un beau gros pot de chrysanthème jaune doré sur ma terrasse pour ensoleiller l’automne!
    🙂

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    • Jo

      Depuis des années, je ne vais plus aux enterrements. Pour moi, c’est un supplice, je pleure sans arrêt. Alors, j’explique à la famille. J’avais fait un billet qui en parlait, quand la nounou de nos filles est décédée.
      C’est vrai que les chrysanthèmes sont magnifiques mais pour moi, elles sont trop connotées fleurs de cimetière

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  3. Visiteuse

    En tout cas chez les orthodoxes, le rapport à la mort est différent. Je ne saurais dire combien il y a de célébrations des morts dans l’année mais il y en a un paquet !
    Du reste, le cimetière orthodoxe est un endroit non pas joyeux, faut pas abuser, mais vivant. Forcément, il y a toujours pas mal de gens, parfois même des chiens qui baguenaudent.

    Quand un orthodoxe meurt, 40 jours après les obsèques, il y a une célébration où le pope vient sur la tombe redire des prières. On y apporte des victuailles et de l’eau de vie (forcément !).Ma foi, le pope à la fin de son office ne se fait pas prier 😉 pour prendre un petit verre.
    Ensuite ce sont des célébrations familiales au cimetière (avec les mêmes rites de prières, encens, bougies, fleurs, nourriture et boissons) après 3, 6 mois et 1 an.
    Pour Pâque, les orthodoxes retournent voir tous leurs morts au cimetière toujours avec des victuailles et surtout les œufs colorés, sans oublier de quoi boire) : c’est pique-nique party.
    Sinon la fête de la Toussaint a lieu le dimanche après celui de la Pentecôte, cette année c’était le 2 novembre.
    Les chrysanthèmes étaient bien représentés.

    Vous reconnaîtrez que ça c’est excessif ! Et vraiment rien à voir avec le seul petit et modeste jour dédié aux morts catholiques.

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    • Jo

      Les orthodoxes gardent le contact avec leurs morts, c’est plus convivial ces ‘ripailles’.
      Cela peut choquer les catholiques qui ne voient que chagrin et recueillement. Attitude bien hypocrite qui se transforme en corvée.
      J’aimais beaucoup ma grand-mère. J’avoue, je ne vais pas la voir souvent au cimetière mais je pense souvent à elle et c’est bien là l’essentiel.

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  4. NefertarideLyon

    Mes enfants n’ont pas la « culture » du cimetière c’est la raison pour laquelle je me ferai incinérer avec mes cendres dispersées au jardin du souvenir, je n’embêterai personne, l’essentiel c’est qu’ils se rappellent les bons moments passés ensemble.
    Moi je vais encore au cimetière pour entretenir les tombes, après moi, il n’y aura plus personne.
    Il faut dire que les cimetières dans les grandes agglomérations, c’est le bazar pour se garer et ensuite il faut faire 3 kms pour arriver aux tombes. Du temps où le cimetière était dans le village, où on pouvait y passer tous les jours, changer l’eau des fleurs, je pense que c’était presque sympa

    Cette année j’ai acheté un beau pot de chrysanthème pour orner une vasque sur ma terrasse, c’est du plus bel effet
    Bonne fin de journée

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    • Jo Ridee rieuse

      C’est tout à fait ça, on va au cimetière pour entretenir les tombes.
      Et quand on délègue, on tombe parfois sur des charlatans. Une amie de mes parents avait perdu son fils. Sa tombe était en région parisienne. Elle a déménagé à 500 km et a demandé au fleuriste de mettre des fleurs chaque semaine sur la tombe de son fils. Il n’oubliait pas de facturer sa prestation hebdomadaire (à un tarif indécent d’ailleurs) mais la tombe n’était fleurie qu’à des moments de visites ‘supposées’, anniversaire, Toussaint, fêtes de fin d’année.
      Oui, la mort c’est aussi du business et nous aussi, nous choisirons l’incinération, pour les mêmes raisons que vous.
      Bonne journée également.

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  5. matchingpoints

    Les américains sont excessifs en tout…
    Dommage pour la chrysanthème, une si belle fleur, réservée exclusivement aux cimetières !
    Une fois par an, les français pensent à leurs disparus, le reste de l’année il y a des fleurs en plastiques.
    Les français aussi sont excessifs…

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    • Jo

      Me revoilà. Petit problème technique sur le blog. J’aime bien les chrysanthèmes, mais elle sont effectivement trop ‘connotées’ fleurs de Toussaint et du coup, je n’ai pas envie d’en faire des bouquets.
      Notre rapport à la mort est bizarre. Nous ne sommes pas très à l’aise avec ça. Toussaint, c’est pratique, ça déculpabilise et hop, on passe vite à autre chose.

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      • Visiteuse

        Dans cette société du paraître où psychologie positive, développement personnel et quête du bonheur sont en inflation, rien ne doit saccager nos « kifs » et nos Instagram ; surtout pas la maladie, la vieillesse et la mort ces anomalies qui nous font peur.
        J’en avais déjà parlé mais ma série culte c’est « Six feet Under » : un chef d’œuvre sur les interrogations de la vie.

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        • Jo Ridee rieuse

          Petite phrase drôle entendue je ne sais où, qui illustre bien cette société du paraître.
          On demande à une jeune femme – Tu es déjà allée à Los Angeles ?
          et elle répond – Oui, mais ça compte pas, Instagram n’existait pas.

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