J’ai la larme facile.

Je pleure souvent. Mes larmes coulent en lisant un texte, en regardant un film ou à l’annonce d’un décès.

Pourtant, je reste forte devant la maladie. Toujours cet optimisme, cet espoir qui ne me quitte jamais. Je suis capable de me ‘composer’ un visage souriant et tenir une conversation pleine d’entrain à une personne en fin de vie.

Face à la mort, il m’est impossible de canaliser le chagrin. A la vue d’un cercueil, avec une émouvante musique, je pleure. Dans ces circonstances, émue par l’atmosphère, je pourrais pleurer à l’enterrement d’un parfait crétin. C’est absurde.

Cette semaine, nous avons appris le décès de la nounou de nos filles. Elle avait 77 ans. Nous avions toujours gardé des liens.

Je revoie chaque pièce de son appartement : la cuisine avec la chaise pour bébé, le petit lit pour la sieste et la salle de jeux. Je me souviens également de ce long couloir où nos filles ont fait leurs premiers pas.

C’était la nounou idéale, organisée, patiente, attentionnée … et toujours ce sourire, cette gentillesse.

Elle est partie cette semaine après des années de combat contre une leucémie, six ans après son mari. J’ai compris quand j’ai reçu l’appel de son fils, vendredi midi. J’ai eu les larmes aux yeux jusqu’au soir.

Ce week-end, je pleurais encore en pensant à elle. Impossible de me débarrasser de cette émotion. Mon mari et mes filles ont assisté aux obsèques. Je suis restée chez moi.

J’ai choisi de me ‘retrancher’ à la maison pour ne pas exposer ma peine, mes larmes, mes sanglots.

Ressentir un chagrin n’a rien d’anormal. Le problème, c’est que je ne sais pas le gérer. Je suis ridicule à pleurer comme ça.  A quoi bon essayer de réconforter les autres quand on ne peut pas contenir sa souffrance. Ma présence n’était pas constructive, j’étais incapable de parler à ses fils, d’évoquer nos souvenirs communs.

J’ai rédigé une longue lettre, c’était plus facile.

Bientôt, je penserai à elle sans pleurer. Bientôt, mais pas tout de suite.

 

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21 Commentaires

  1. sophie

    Je ne pense vraiment pas qu’il est honteux de pleurer, ou bien j’aurais souvent honte, le devrais-je? Je ne suis pas certaine qu’il est plus classe de savoir se contenir. Je repense toujours à mon ex-beau père lors du déces de sa femme. Il est resté froid stoïque et a même fait remarquer à son fils (mon ex-mari) qu’il devait se contenir. C’était sa mère quoi !!
    Chacun réagit différemment et bien souvent c’est incontrolable.

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    • Jo

      C’est incontrôlable, mais je ne me sens pas légitime à un enterrement quand je pleure. J’aimerais, au contraire, avoir la possibilité de consoler les plus proches.

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  2. Sissi

    Je faisais justement la remarque à mon mari très récemment qu’en vieillissant nous devenons plus fragiles émotionnellement. Je regarde d’ailleurs de moins en moins la télé car on nous programme presque tous les soirs des séries policières (ou non ) avec des morts violentes. Je comprends bien ton émotion et je suis de l’avis de Jany, nous avons chacun(e) notre sensibilité et notre façon de l’exprimer. Pour ma part, l’homéopathie et la phytothérapie m’aident bien. Je te souhaite en tous les cas beaucoup de courage pour passer ce cap difficile. Bisous.

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    • Jo

      Merci. Le cap difficile est passé grâce à nos amis. Un petit tour au Lioran pour chasser les idées noires.
      Je suis d’accord avec toi, je suis incapable de regarder certains films tristes.

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  3. MatchingpointS

    L’une de nous deux est plus sentimentale que l’autre pour les films et les livres. Mais nous craquons de la même façon pour les tristes nouvelles. C’est peut-être une bonne chose de se laisser aller, de communiquer ses émotions ?

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    • Jo

      C’est une bonne chose, bien sûr, de laisser couler ses larmes. Mais je suis ridicule, je pleure souvent plus que les très proches de la personne décédée.

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  4. La Baladine

    C’est bon les émotions, il ne faut craindre de les laisser s’exprimer, chacun faisant comme il peut. ♥

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    • Jo

      Oui, c’est bon mais c’est mieux de pleurer en cachette, pas d’exposer ses larmes.
      Souvent, je pleure autant et même plus que la famille de la personne décédée. C’est un peu ridicule et disproportionné

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  5. Beatrice

    Une fois de plus je me reconnais dans ce que tu dis.
    Je suis « une catastrophe » dans les enterrements, une vraie pleureuse et le pire est que même en m’y préparant, je n’arrive pas à me contrôler.
    En novembre dernier j’ai assisté à une cérémonie funéraire d’une des meilleures amies de ma cadette qui s’est suicidée à 21 ans alors qu’à première vue, tout lui réussissait (brillante, jolie, adulée de ses parents, sportive …etc) et j’étais même plus effondrée que les parents, les ami(e)s proches ..etc pourtant je faisais tout ce que je pouvais pour me retenir de pleurer et le pire fut lorsque la maman de la jeune fille m’a « remontée » au moment des condoléances… ça parait fou mais je ne sais comment faire et parfois même ces images tristes me reviennent brusquement de temps en temps… Je crois que je ferai comme toi et que je n’irai plus aux enterrements …

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    • Jo

      ça me rassure un peu, je ne suis pas seule dans ce cas.
      Par contre, pour un proche comme mon beau père, j’étais tellement stressée qu’aucune larme n’a pu sortir.
      Je pleure quand il y a un peu de distance, que je n’ai qu’à penser aux souvenirs.
      Si c’est quelqu’un de très proche, je suis dans le contrôle des choses à faire et le stress m’empêche de pleurer et il me faut quelques jours pour comprendre l’absence.

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  6. monneron florence

    très bel article très émouvant.
    En cas de douleur, j’ai beaucoup pleuré, (mamie, belle mère, oncle) et étrangement quasi pas pour papa’sauf en voyant la douleur de mon fils!!!!) bizarre.
    Sinon, je ne pleure jamais

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    • Jo

      Tout pareil, quand les gens sont très proches, la douleur est tellement forte que j’ai besoin de plusieurs jours pour réaliser. C’est compliqué.
      Bises

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  7. solexine88

    Bon courage… c’est toujours difficile de refermer le livre commun avec des personnes qui n’ont amené que douceurs et bons souvenirs……

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    • Jo

      Oui, cette nounou a été très importante dans la vie des filles et dans la notre, bien sûr.

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  8. nadine

    je suis la même, je peux pas réconforter je pleure presque plus que la personne concernée, des sanglots dans la voix je peux pas aligner 3 mots ! Je me déteste je voudrais tellement être à la hauteur mais l’émotion me submerge. ..

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    • Jo

      Donc, je ne suis pas seule dans ce cas, ça me rassure mais personne ne m’a donné une solution. Je crois qu’il n’y en a pas.

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  9. Visiteuse

    Oui, la mort, les larmes et ce chagrin qui jamais ne s’efface.

    Vous aviez écrit un jour un billet sur le coup de téléphone, celui que l’on craint de recevoir et que l’on recevra fatalement, celui qui nous oblige à partir immédiatement.
    Ce coup de téléphone à 6H45 je l’ai reçu un mercredi 10 juin 2015. Mais mon cerveau a bloqué, je ne comprenais pas ce que mon mari m’annonçait, juste qu’il fallait partir tout de suite.
    Les 5 mn de trajet en voiture ont été les plus courtes et les plus longues à la fois, comme si le temps jouait à l’élastique.
    Et je suis enfin arrivée à destination, j’ai vu mon père mort et ma mère ravagée.
    Pour nos parents, avant d’y être confronté(e ), on ne peut pas savoir à l’avance comment nous réagirons. C’est inimaginable en fait.
    Pour ma part c’est le pilote automatique qui a pris le relai. Et pourtant je me souviens de tout, de chaque détail de cette journée et de celles d’après…

    Que la lumière soit avec vous.
    Une matinée déjà chaude sans un souffle d’air et une porte qui claque violemment ; une coupure d’électricité ; mon regard qui balaie le jardin que je trouve très sec et je me dis qu’il faudrait arroser et 10 mn plus tard alors que le ciel est azur, une pluie torrentielle qui s’abat, le jour de l’enterrement un temps magnifique avec une douce brise et ce grand papillon orange, mordoré qui nous a suivi très gaiement jusqu’à la tombe, et ce nuage aussi en forme de concorde comme un clin d’œil au fait qu’Il avait commencé son voyage, et la nuit, mes rêves où je le voyais se relever ou alors sur la berge près du fleuve.
    Pour les larmes, les accès de désespoir, tout cela se passe en secret pour ne pas accabler encore plus mes proches. Cette expérience brutale de la mort m’a appris sur moi bien plus que je ne le voulais, bien au-delà de mes regrets…

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    • Jo

      Pour mon beau père, moi aussi j’étais en ‘pilote automatique’. Trop de choses à gérer, la douleur, l’absence, sont venues plusieurs jours après.
      Par contre, l’expérience de la mort ne m’a rien appris, je crois, à part le chagrin qui s’estompe peu à peu.

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  10. Janachète

    Tu n’a pas à te justifier de cela Jo, on a chacune notre sensibilité et je suis un peu comme toi .
    Sous un air toujours jovial, je suis très vite affectée par certains évènements et attristée .
    En vieillissant, je pleure encore plus facilement devant des films, en écoutant certaines musiques ou chansons et les obséques me font toujours couler des larmes quand j’y assiste .
    De simples souvenirs qui me rendent nostalgiques , me font pleurer .
    Mais je crois aussi qu’il y a des jours plus que d’autres.
    Cela dépend de mon état mental du moment .
    Que veux tu on ne se refait pas …
    Courage pour cette perte , elle était importante pour toi cette dame, c’est pour cela aussi .
    Bises !

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    • Jo

      j’admire ceux qui peuvent retenir leurs larmes, c’est plus ‘classe’ que de se moucher et d’avoir les yeux rouges pendant les cérémonies.
      Mais, comme tu dis, on ne se refait pas. Bises

      Réponse

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