L’esprit scientifique est partout.

 

Le week-end dernier, en feuilletant un magazine, deux pages ont attiré mon attention.  Il était question d’un soin révolutionnaire qui venait d’être commercialisé, après vingt ans de recherches … vingt ans, 240 mois, 1040 semaines !

On remonte le temps, au siècle dernier, en 1997. On imagine une dizaine de chercheurs, bardés de diplômes, au moins Bac + 15, recrutés par une marque de cosmétiques. Ils enfilent leur blouse blanche, admirent ce laboratoire tout neuf. D’énormes moyens sont à leur portée pour une mission de la plus haute importance :

Trouver la formule capable de booster le système cutané afin de réduire les rides

Ils se mettent au travail, ne comptent pas leurs heures. L’esprit scientifique est partout. Ils élaborent avec application une crème nourrissante, réparatrice et protectrice qui garantit l’éclat de la peau.

Parallèlement, le service pub est sollicité, ce soin doit être mis sur le marché en mai 2000.

Malheureusement, après les tests, le verdict tombe : ce produit est banal, son efficacité est contestée.

Les actionnaires sont déçus. Ils demandent aux chercheurs de reprendre rapidement le chemin du laboratoire, avec cette fois, obligation de résultat dans l’année.

Dans les grandes salles blanches, c’est l’effervescence. On travaille sans relâche.  Les chercheurs échouent et recommencent inlassablement. Ils élaborent des formules, testent … Non, toujours pas !

En 2003, l’enthousiasme n’est plus là. Ils n’ont plus d’idées, refont du neuf avec du vieux, ont l’impression de tourner en rond.

Les actionnaires perdent patience. On teste  : un peu  d’anti-âge, un agent hydratant, quelques ingrédients pour l’éclat  et des actifs antioxydants.

En 2005, la formule est enfin prête, la crème a une texture surprenante, un léger parfum. L’espoir renaît.  On teste à nouveau sur un panel de femmes. Le verdict tombe : il y a bien mieux sur le marché des cosmétiques !

Les actionnaires s’énervent

Huit ans de recherches pour arriver nulle part.

L’esprit scientifique n’est plus là.  Les chercheurs, asphyxiées par leurs certitudes, ne progressent plus.  Trois seront licenciés. On recrute deux spécialistes de la cryoextraction des plantes fraîches. Réussir devient une obsession. Le potentiel du végétal doit être exploré et exploité afin d’obtenir sa biodisponibilité vis-à-vis de la peau. Les petites molécules sont étudiées, décortiquées, afin de consolider la barrière lipidique en surface. Le labo se penche sur les mécanismes de connexion cellulaire pour renforcer le système  de la peau. Il suffisait d’y penser !

2010, un fluide vient d’être élaboré. Le test est ‘presque’ réussi. Il suffit d’éliminer les petits picotements ressentis par les peaux réactives.

Deux ans de recherches supplémentaires ne mènent nulle part.  L’action du laboratoire dévisse. Deux actionnaires ont fait un avc, tous les autres ont la tension qui monte. Cinq chercheurs sont virés sans ménagement ! Tous des incapables !

2013. On décide de mêler la science à la cosméto. Un spécialiste des enzymes apaisants est recruté. Il doit travailler sur l’inflammation de la peau, lui fabriquer une sorte de bouclier.

Les chercheurs cherchent, revoient leurs formules, explorent les innovations.

Et un jour, comme une évidence, presque par hasard, elle est là, enfin.

Vingt ans pour trouver la crème régénérante, rare, sophistiquée et précieuse, que tout le monde attend.

On cherche un nom un peu prétentieux pour commercialiser ce pot, d’un style incomparable. On lui fait une mise en valeur digne d’une star, on fixe un prix de vente cher, très cher.

Les chercheurs sont soulagés,  l’action remonte, les actionnaires se frottent les mains.

Pendant ce temps, des maladies orphelines attendent qu’on s’intéresse à elles. Ce n’est pas pour tout de suite. Effacer les rides semble bien plus urgent.

 

Photo à la une :  Conçu par Freepik

23 Commentaires

  1. chiffonsandco

    Bon, je note que tu n’as pas donné le nom de cette crème miracle ^^

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    • Jo

      Parce qu’il n’y a pas de crème miracle.

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  2. christine thomas

    Bonjour Jo, et à toutes les blogeuses,
    J’ai lu avec intérêt ce billet que j’aime particulièrement et surtout les commentaires, les réactions. Certaines sont d’une vérité sans faille, vieillir c’est naturel, ce n’est pas une maladie. Les pots de crème qui nous sont vendus font leur travail comme ils peuvent selon la peau. Il y a des manières de prendre soin de soi autrement que par des pots de crème chimiques, tout simplement par le naturel, entre autre la rose musquée. Et il y aussi l’hygiène de vie et alimentaire. Et surtout s’accepter telle que l’on est.
    Quand au point le plus sensible qui est la recherche pour les maladies rares, il semblerait qu’en France, il n’y ait pas de loi encourageant les recherches avec en échange des déductions fiscales. Quan d on voit ce que le gouvernement veut mettre en place, l’obligation des 11 vaccins obligatoires à des enfants, ce n’est pas géré son pays en « bon père de famille », il y dessous une grosse histoire d’argent, et il y a sans que l’on s’aperçoive une atteinte à la liberté privée des gens, et pire encore et même si c’est cynique, la création de maladies….Cela a été prouvé pour l’autisme, il y a peu de temps, tout comme le sida, il a été créé et nous ne savons pas tout. Alors, soyons responsable, oui à la crème pour hydrater notre chère peau mais pas à tout prix et pas à n’importe quel prix, OUI, à la recherche pour les maladies orphelines, et la recherche en général pour sauver des vies. C’est la vie qui est importante pas le temps.

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    • Jo

      C’est vrai. Il y a des choses absurdes dans tous les domaines. C’est comme le contrôle technique des voitures, avec la nouvelle loi, beaucoup seront refusées.
      En Europe, ces véhicules ne pourront plus rouler mais on les retrouvera en Afrique ou ailleurs … Donc, on déplacera la pollution, on ne la réduira pas.

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  3. Visiteuse

    Comme disait le Général de Gaulle : « des chercheurs qui cherchent on en trouve mais des chercheurs qui trouvent on en cherche ».

    Je vous trouve bien sévère envers le scientifique qui préfère travailler confortablement avec des équipements derniers cri et des budgets conséquents plutôt que d’attendre l’aumône en économisant l’éclairage pour boucler ses fins de mois après son bac +15.

    L’homo economicus est décidemment d’une espèce libérale amorale qui veut toujours aller là où il y a un marché et la dirty money !

    248 millions d’euros est la part du marché mondial en cosmétiques. Ma petite crème de soins ne connaît pas la crise puisque le secteur est en progression constante malgré l’année horribilus de 2008.
    Les effectifs de collaborateurs du secteur représentent des centaines de milliers de travailleurs (sans compter ceux des entreprises connexes) rien que le groupe l’OREAL comprend 89 300 collaborateurs…
    On parle des grands groupes mais il y a les autres, soit environ 4500 PME en Europe spécialisées dans ce secteur.
    Ça fait beaucoup de boulot, beaucoup de R&D et beaucoup d’argent probablement mal utilisé. Je n’en sais rien, je ne suis pas qualifiée.

    Bonne nouvelle cependant, depuis 2004, la France s’est dotée d’un plan national sur les maladies rares. Le budget c’est point d’interrogation générale.
    Et puis il y a cette loi « Orphan Drug Act « en vigueur depuis 1983 aux états-Unis. Cette loi encourage le développement de « médicaments orphelins » par compagnies pharmaceutiques par des mesures incitatives : crédits d’impôt, exclusivité du marché pendant 7 ans, aide à la rédaction de protocoles pour les essais cliniques, etc. (Depuis, des lois similaires ont été adoptées au Singapour (1991), au Japon (1993), en Australie (1998) et en Union européenne en 2000). Aussi, en l’an 2000, les états-Unis ont promulgué le Orphan Disease Act qui a permis de créer l’Office of Rare Diseases pour soutenir la recherche clinique sur les maladies rares.

    Vous voyez, c’est peu mais ce n’est pas rien non plus…

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    • Visiteuse

      je rectifie, nous parlons en milliard d’euros bien sûr, soit 248 milliards d’euros de CA.

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    • Jo

      Effectivement, on ne peut plus dire ‘tous pourris’, que c’est rassurant, tout ça !
      Dans un autre domaine, j’ai lu que Monsieur Pinault a refusé des déductions fiscales accordées au mécènes. Il a dit – Je ne veux pas que l’on dise que l’Etat finance mes lubies artistiques. Tant de générosité m’émeut !
      Monsieur Arnault, lui, avait eu 610 millions d’euros de l’Etat pour sa fondation Louis Vuitton. Dans cette histoire, il passe pour le radin de service.
      En attendant, si on a une maladie orpheline, on pourra soigner notre blues dans les musées, à défaut de soigner notre maladie.

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      • Visiteuse

        Ah oui c’est bien de séparer le bon grain de l’ivraie.
        Il y a des salauds de riches et les grands philanthropes comme Pierre Bergé par exemple.
        Il donnait de sa personne pour les Téléthons ; et puis avec sa fondation et ses journaux, ce n’est pas comme un rentier qui se paierait une danseuse avec l’agent des autres !

        Mais ne nous égarons plus, puisque le Secteur Privé même et surtout si ce n’est pas son cœur de métier se désintéresse vénalement des maladies rares, que reste t-il ? Et bien l’Etat Providence qui est partout.
        Avec la prochaine loi en marche des 11 vaccins obligatoires chez l’enfant, allez savoir si le deal secret avec les laboratoires pharmaceutiques n’est pas de les enrichir « gratuitement » grâce à la sécu, c’est-à-dire grâce aux contribuables, afin qu’ils puissent consacrer des fonds à ces maladies orphelines justement …
        De là à dire que de nouvelles maladies rares apparaîtront à cause de cette ladite vaccination ce serait trop cynique.

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  4. Nadine jai50ansetapres

    Quel réalisme ! Ca donne envie de se révolter, y’en a marre, tout est fait n’importe comment, l’argent n’est pas mis au bon endroit, des hommes blindés de diplomes passent leur vie sur des recherches de m… Merci de faire un article, une petite goutte mais c’est bien de leur montrer qu’on n’est pas dupes !!!

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    • Jo

      Je n’ose imaginer le nombre de pots de crèmes vendus chaque jour. Et maintenant, la classe moyenne chinoise en veut et peut se les payer. Les marques cosmétiques vont être encore plus riches.
      Même en adoptant le minimalisme dans la salle de bain, nous avons toutes au moins 2 pots de crème et les hommes s’y mettent. Le marketing a bien fonctionné, ces crèmes nous sont indispensables maintenant. On nous vend du rêve et on en redemande.

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      • Visiteuse

        C’est normal qu’on en redemande, c’est le contraire qui serait étonnant.
        On passe ¼ de notre vie à grandir et les 3 autres quarts à vieillir.
        On veut des cosmétiques, de la médecine anti-âge, de la douceur et de l’amour !
        Le beau, le bien et le juste.
        Pourquoi pas , « nous le valons bien non ? »
        De toute façon Ce comportement est inhérent à notre qualité de vie, bien mieux démontré par Maslow et sa fameuse pyramide des besoins humains.
        Les produits d’hygiène étant à la base et les cosmétiques aux 2 derniers niveaux ,soient « besoin d’estime » et « besoin de s’accomplir ».

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  5. Solange

    Et oui c’est bien triste, je trouve que le prix de certaines crèmes sont vraiment excessifs? Il devrait y avoir d’autres priorités.
    Bises

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    • Jo

      C’est vrai, il y a des marques hors de prix et ce langage marketing est insupportable. Je n’ai rien inventé dans le billet, j’ai repris des phrases des pubs, genre ‘mécanisme de connexion cellulaire’. C’est n’importe quoi, on nous vend une crème, pas un miracle.

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      • Visiteuse

        Ceci me rappelle le fiasco commercial de cette belle entreprise française BIC qui a eu l’outrecuidance ou l’audace de sortir des parfums disponibles à petits prix dans des tabacs. Je m’en souviens très bien, les flacons étaient assez funs en forme de briquets.
        J’ai même du en acheter une fois
        Aussi envoûtantes qu’aient été les fragrances proposées, cela s’est soldé par un échec.
        Quelle femme en effet voudrait se parfumer cheap ? Même si un inconnu lui offrait des fleurs dans son sillage ?

        Donc la pub et le marketing sont des sciences à part entière ouvrant des espaces de magie et de croyances dans un environnement matérialiste.
        Et ça c’est très fort…

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        • Jo

          intéressant, le cas de Bic. Bic ne peut pas, ne doit pas nous vendre du rêve.
          Normal, moi je n’acheterai jamais le parfum de Céline Dion,. Je n’aime pas du tout Céline Dion.

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  6. zenopia

    Les maladies rares payent moins que les crèmes anti-rides/cellulite/capitons/etc. Triste constat…
    Bisous Jo

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    • Jo

      Sur un pot de crème, la marge est énorme. Ce qui coûte cher, c’est le packaging et la pub. Heureusement, certains chercheurs ne succombent pas à l’appel de l’argent facile. Bon week-end à toi.

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  7. matchingpoints

    Tant de vérité dans ce post ! Mais ne sommes-nous pas coupables nous aussi ? Si l’on succombait moins aux promesses que l’on sait limite mensongères, tous ces efforts seraient engagés ailleurs !
    Nous rejoignons Jany : soigner sa peau pour le confort oui, mais rien n’arrêtera le vieillissement…

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    • Jo

      Rien n’arrête le vieillissement, c’est sûr mais quand une esthéticienne sait bien ‘vendre’ la dernière crème, si elle conseille le petit flacon de sérum qui fera du bien à notre peau, il est difficile de résister. Ce qui me sauve de ces achats coups de cœur, c’est ma peau réactive. Tout ce qui est à base d’acides de fruits me pique, me gratte. Je reste fidèle à Avène et Laroche-posay, qui sont d’un bon rapport qualité prix.

      Réponse
  8. Janachète

    Je te rejoins d’autant que ces crèmes n’ont jamais empêché personne de vieillir .
    Moi je reste très septique.
    Hydrater sa peau oui, croire aux miracles , NON !
    Et ils feraient bien mieux effectivement de dépenser l’argent et l’energie pour des causes plus graves !
    Merci de remettre les pendules à l’heure !
    Bises .

    Réponse
    • Jo

      Tu sais, c’est pas un billet de blog qui va changer les choses. Chaque année, c’est une véritable compétition à qui sortira la meilleure crème, fluide, sérum. Et ça marche. Dans le domaine médical, les chercheurs n’ont aucune liberté. Un labo n’acceptera jamais de financer des recherches pour une maladie orpheline. C’est la course à l’argent.
      Bon week-end. Bises

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  9. La Baladine

    Et pas que des maladies rares, d’ailleurs! Moi aussi ça m’agace profondément; et puis flûte, vieillir est un processus naturel, pas une maladie!
    Il est bien tourné, ton billet: on perçoit vraiment l’inanité de ces recherches.

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    • Jo

      C’est un processus naturel mais nous l’avons quand même ralenti. Quand je regarde les photos de ma grand-mère et même de ma mère, à 55 ans, je trouve qu’elles sont déjà ‘vieilles’ sur les photos. L’allure était différente, les vêtements aussi.
      Pour le texte du billet, j’ai repris quelques mots dans différentes pub anti-âge et le tour est joué. Un scientifique dirait peut être que ça ne veut rien dire, mais l’assemblage est joli, tous ces mots un peu ‘techniques’ donnent une crédibilité factice.

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