Ils font quoi, ses parents ?

Le mois dernier, notre petite fille nous a précisé qu’elle avait un nouvel amoureux, Gabriel. A cet âge, on se fiche de la profession des parents, mais Mathilde  a annoncé , triomphante  : – Son papa est en prison ! Comme elle aurait dit – Son papa, c’est Superman !    Info ou intox, on ne savait pas.

Notre fille décida d’inviter Gabriel à l’anniversaire de Mathilde. Le petit garçon avait dit vrai. Il était dans une famille d’accueil et son papa, derrière les barreaux. La journée se passa gentiment, les enfants étaient heureux de jouer ensemble.

A ce moment là, j’ai compris que notre fille avait les mêmes principes de tolérance que nous.

Quand elle avait huit ans,  nous avons accepté l’invitation d’un petit garçon de sa classe. Je me suis attirée les foudres des autres mamans :

– Comment, tu n’as pas peur, tu sais que ces gens sont des manouches, elle fait les marchés et lui, du trafic. C’est louche.

Ces parents voulaient protéger leurs chers petits d’un terrible danger. Malgré tout, notre fille est allée chez ces « voleurs de poule ». En arrivant, la maison était en désordre et le hangar rempli de pneus, de pièces détachées. Dans l’entrée, il y avait des camions Mercedes et trois grosses BM, volées certainement !  (je plaisante !)

Les parents de ce gamin étaient charmants, notre fille était ravie. Surtout, ne pas juger, ne pas se fier aux apparences.

A l’adolescence, nos filles ont eu beaucoup de copains, de copines. Bien entendu, avant d’accepter anniversaires ou  soirées pyjama, nous avons posé la question : Ils font quoi, les parents ?  C’est légitime.

Nous n’étions pas au bout de nos surprises.

Notre fille aînée a eu, pour amie, une jeune fille qui vivait dans une famille décomposée, recomposée au final avec deux mamans. Encore une fois, le mot tolérance prenait tout son sens. Sept gamins vivaient là,  les enfants avaient des repères différents. Le seul problème était la fascination d’un des fils,  pour les croix gammées. Le fait que notre fille nous le signale prouvait bien qu’elle trouvait cette attitude dérangeante. Nous étions rassurés.

En quittant le collège pour le lycée, elle se lia d’amitié avec Elise. Ils font quoi, ses parents ?

Cette fois, c’était des notables, tout en haut de l’échelle sociale, bien loin de la famille Groseille, du film.

famille groseille

Elise avait une grande maison, une piscine intérieure, une salle de gym. La famille partait souvent en vacances et prenait  ses repas au restaurant. Notre fille trouvait ça génial et nous reprochait presque de ne pas faire pareil. Nous lui avons expliqué que le papa d’Elise gagnait beaucoup plus d’argent que nous. Elise était une chipie, attachante. Elle a passé beaucoup de temps à la maison,  fuyant  une maman dépressive, sous Lexomil.

Notre deuxième fille a eu une amie marocaine, une façon de découvrir une autre culture.   A seize ans, elle a rencontré Lucile.  Ils font quoi, ses parents ?  Fonctionnaires, impôts et éducation nationale.

Chez lucile, c’était pédagogique. Les filles participaient à des ateliers cuisine, peinture, musique … ou jouaient avec les animaux qui envahissaient l’espace. C’était la maison du bonheur, sécurisante et épanouissante.

A la fin d’un week-end, je suis allée chercher ma fille. Elle était au sous sol, le papa répétait avec son groupe. Là, j’ai vu cinq quadras échevelés, qui chantaient le titre d’Elmer Food Beat, Daniela.

En cliquant sur le lien,

https://www.youtube.com/watch?v=tpgXbli1dDk

vous comprendrez que Daniela n’est pas farouche.

Le papa m’a annoncé que les filles avaient des talents de choriste pour faire la, la, la … et qu’elles répétaient pour animer les soirées  camping, l’été suivant. Ben voyons !

Nous n’étions pas franchement d’accord pour laisser notre fille avec cette pâle copie des Rolling Stones. Il y avait fort à parier que la gamine tomberait amoureuse du chanteur. Les chanteurs font toujours un petit effet aux jeunes filles !

Notre fille n’a pas accompagné le groupe, cette année là. Elle l’a fait, plus tard, quand elle avait 20 ans.

 Cet été, une amie m’a dit – Mes enfants quittent ce lycée, les gosses ont mauvais genre !  Mauvais genre, par rapport à qui, à quoi ! Je n’aime pas ces réflexions de bien-pensants qui voient leurs enfants comme des anges.

 

Un enfant, un ange ?

Un enfant, un ange ?

 

De ces expériences diverses, nos filles ne sont pas revenues traumatisées, amusées simplement et il est important de voir d’autres façons de vivre, de penser.

 

 

22 Commentaires

  1. nadine

    4 enfants, alors t’imagine bien que tout ça me parle et me fait bien rigoler !

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    • Jo

      forcément, on en rigole après. Sur le moment, on s’inquiète un peu quand même.

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  2. Janachète

    Amusant comme tous tes articles et très intéressant.
    Car nous avons tous été confrontés à ce « que font les parents  » question incontournable pour nous.
    Néanmoins même s’il ne faut pas se fier aux apparences je pense qu’il est bon de contrôler les fréquentations de nos enfants jeunes ou ados qui n’ont pas à mon sens encore assez de discernement.
    Bon we
    Bisous Jo!

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    • Jo

      Merci du compliment, quand on dit que mon article est amusant, j’estime que c’est gagné. Mon but est de faire rire, surtout.
      Contrôler les fréquentations, je suis d’accord mais nous n’avons jamais fait barrage à une amitié. Nous pensons que les enfants n’entendent pas nos avertissements, quand on dit – Non, arrête de voir untel. Si c’est une amitié forte, l’enfant ou l’ado va se braquer et c’est là que fossé se creuse entre parents et enfants. Le problème s’est posé quand les filles sont allées dans les soirées où il y avait de la drogue. Nous avons beaucoup parlé avec elles, sachant qu’elles iraient vers l’interdit, certainement. Elles nous ont avoué, plus tard, qu’un joint fait tourner la tête et rend malade. Pour l’instant, pas de drogue, ni cigarette pour elles. La méthode était sans doute la bonne.

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  3. Sophie

    Chanson pas très élégante peut-être mais de bons souvenirs de soirées avec ! 🙂
    Une philosophie de vie que j’apprécie (là je ne pas pas de Daniela mais de toi!)

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    • Jo

      le problème, c’est que le groupe d’échevelés … quinquas, maintenant, chante toujours ces chansons. Ils n’ont pas fait évoluer leur répertoire, mais ils ont encore des fans.

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  4. Sylvie, Enfin moi

    Comme tu a raison, apprendre la tolérance à nos enfants une des plus belles valeurs
    Bravo
    Bisous

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    • Jo

      les enfants ont cette tolérance, au départ. Ce sont les adultes, les bien-pensants qui leur donnent les codes pour ‘classer’ les gens. Bon week-end, Sylvie.

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  5. matchingpoints

    Non, on peut pas enfermer nos enfants dans une cage, il faut garder un esprit ouvert. Avec nos enfants, nous étions vigilants en jugeant l’ami(e), mais pas les parents . Maintenant cela recommence avec les petits enfants !

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    • Jo

      Nous avons fait preuve de plus de vigilance pour les petits copains. On les invitait, l’air de rien, pour voir à quoi ils ressemblaient. Le papa de Mathilde est Colombien. Nous avons eu droit aux réflexions des bien-pensants qui disaient – Il est de quelle origine ? Quand on soupçonnait un brin de méchanceté, on disait – C’est le cousin de Pablo Escobar. Pour le plaisir de leur clouer le bec. Bon week-end à vous.

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  6. Visiteuse

    « Que fait ses parents » sert évidemment à donner un semblant de profil pour prédire ou prévenir l’avenir.
    La tolérance ou la bien pensance n’ont pas grand-chose à voir dans l’histoire.
    La question des fréquentations des enfants n’est pas très simple à gérer car la vraie question c’est comment mon gamin sera ou voudra être (mal) influencé par un, des, copains copines. Leader ou suiveur ? Tôt ou tard vient le moment où l’ado veut s’affranchir des codes et des règles de sa famille. Expérimenter d’autres voies et faire des conneries et tant qu’à faire, accompagné plutôt que seul. Ou pas du tout bien sûr.

    Ma sœur en a fait voir des vertes et des pas mûres à mes parents.
    C’est sûr qu’elle a à son actif un sacré palmarès au niveau fréquentations :
    Au début, c’était 2 sœurs d’une famille tunisienne juive qui était nos voisins: eux leur hobby c’était les casinos, ainsi ma soeur les a accompagné dans quelques grands hôtels à Monte Carlo, et en Israël aussi pour des vacances.
    A force des les côtoyer elle avait fini par prendre à son insu l’accent sepharade. Qu’est-ce que j’ai pu me marrer entre elle, ma mère immigrée qui avait aussi son propre accent, et mon père avec son accent de Toulouse. Du coup, pour ne pas être en reste, je me suis entrainée aussi à avoir une particularité, mais j’ai échoué !

    Ensuite changement de décor, sa meilleure amie (adorable) avait aussi un père en prison (fiché gd band i tisme) le beau père vivait aussi hors ligne rouge (donc surveillance de la police mais ça on ne l’a appris qu’après la « descente »).
    Ensuite autre période sous influence punk puis gothique, elle était 1 vraie fan et (pour) suivait avec ses meilleures copines du moment, les Duran Duran quand ils venaient à Paris, Indochine et the Cure aussi à l’hôtel Georges V.

    Avec tout ça et la liste est loin, très loin d’être complète, je suis sûre que de leur côté, les parents des copains et copines devaient leur demander mine de rien au sujet de ma soeur: « ils font quoi au fait les parents de ta copine ? »…

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    • Jo

      moralité de l’histoire, avec ces fréquentations un peu originales, votre sœur a passé de super moments. Je l’imagine, le cœur battant, attendant des heures, pour voir un instant the Cure ou Indochine.
      Vous pourriez écrire un livre sur cette vie trépidante.

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  7. Maman poule et cie

    J’aime bien ton article. Non, il n’y a pas de familles parfaites, oui il faut s’ouvrir aux autres avant de juger.
    Mes enfants sont encore petits mais j’espère que, comme tes filles, la tolérance et l’ouverture d’esprit seront deux valeurs essentielles dans leur vie !

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    • Jo

      C’est important pour eux de voir différents milieux, des riches, des pauvres, des originaux, des routiniers. C’est formateur mais il faut rester vigilant. Pas question pour nous de laisser notre fille de 16 ans avec des quadra-musiciens.

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  8. prettylittletruth

    Bel article, et completement d’accord avec toi, il faut apprendre a accepter chacun avec ses differences 🙂

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    • Jo

      Certains enfants n’ont pas cette expérience, s’ils se fixent avec un seul copain. Il faut croire que nos filles étaient curieuses de la vie en choisissant des amies de différents milieux.

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  9. Sissi

    C’est important d’être ouvert(e)(s) d’esprit car ce n’est pas ce que l’on fait dans la vie qui nous définit principalement, pas plus que nos origines sociales ou notre couleur de peau… Mais souvent on se rend compte que les stéréotypes et les idées toutes faites ont la vie dure avec toujours de la part de ceux qui assènent des vérités premières (les leurs) une certitude d’avoir raison invraisemblable ! Ton article fait du bien. Passe un beau week-end Jo et beau week-end à toutes et à tous.

    Réponse
    • Jo

      Les clichés ont la vie dure. Je crois que je vais chanter Daniela, la, la, la … tout le week-end. Impossible de sortir ces notes de ma tête. Bon week-end également.

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  10. La baladine

    C’est fou le nombre de gens qui n’arrivent pas à admettre la complexité et la multiplicité des êtres! A les entendre, il faudrait qu’on soit tous identiques et en uniforme et qu’on vive la même vie bien balisée! Heureusement il reste (et c’est bien plus qu’un petit village) des irréductibles curieux de tous et du monde, qui envisagent l’inconnu, le différent, avec bienveillance, avec appétit, avec désir, avec confiance…
    Cela dit, un groupe de quadra bloqués sur Elmer Food Beat, j’aurais fait tout pareil que toi! D’autant plus avec Daniela, qui est un monument de phallocratie! Autant « le plastique c’est fantastique » était drôle avec un petit accent pédago (pas léger léger, mais bon), autant Daniela, nooon!
    Bises d’une irréductible curieuse…

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    • Jo

      Je me méfie des bien-pensants qui veulent choisir les amis de leurs enfants. Malheureusement, c’est assez fréquent.
      J’ai vu des médecins qui ne voulaient pas que leurs enfants invitent des fils d’ouvriers.
      Nous, on se fiche complètement de la condition sociale des gens. Ce petit garçon, dont le papa est en prison, avait tout à fait sa place avec Mathilde et il s’est bien amusé. C’est bien là l’essentiel.

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  11. thomas

    Excellent ma chère Jo, et j’approuve complètement ce que tu dis. Petit clin d’oeil, bravo ! Bises

    Réponse
    • Jo

      Merci, le problème, c’est que j’ai cette chanson, pas très élégante, dans la tête pour la journée. Daniela, la, la, la, la …

      Réponse

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